Emmanuel Macron a proposé mardi la nomination du sénateur LR François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits, une autorité administrative indépendante chargée de veiller au respect des droits et libertés des citoyens. Le choix de cette personnalité politique suscite de vives réactions dans le monde associatif et syndical.
François-Noël Buffet, 67 ans, est un élu de longue date. Il a exercé les fonctions de ministre des Outre-mer sous le gouvernement de Michel Barnier de septembre à décembre 2024, puis a été ministre rattaché au ministre de l'Intérieur dans l'équipe de François Bayrou de décembre 2024 à septembre 2025. Ses partisans soulignent ses compétences juridiques et son expérience parlementaire, mais ses détracteurs pointent certaines positions politiques jugées incompatibles avec les missions de l'institution.
Des positions politiques contestées
Le parcours de l'élu Les Républicains est marqué par plusieurs prises de position qui détonnent avec les valeurs historiquement défendues par le Défenseur des droits. En 2013, il a manifesté contre la loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels. Il a également voté contre l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) en 2020 et 2021. Par ailleurs, il s'est prononcé en faveur d'une diminution ou d'une réforme de l'Aide médicale d'État (AME), dispositif permettant aux personnes sans-papiers d'accéder aux soins.
La CGT, au sein de l'institution, s'est dite « désolée » de ce choix. Dans une déclaration publique, le syndicat a estimé que « les circonstances de cette nomination portent lourdement atteinte à l'indépendance du Défenseur des droits », ajoutant son inquiétude « quant aux valeurs portées par M. Buffet, contraires aux droits et principes défendus par le Défenseur des droits ». La centrale syndicale en appelle à « la responsabilité des parlementaires afin qu'ils ne valident pas la nomination ».
Un processus de nomination sous tension
La procédure de nomination prévoit que les commissions des Lois du Sénat et de l'Assemblée nationale doivent auditionner François-Noël Buffet puis se prononcer sur sa candidature. Si leur approbation est requise, le rejet reste toutefois rare en pratique pour ce type de poste.
La présidente de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), Nathalie Tehio, a dénoncé le principe même de la nomination par l'exécutif. Elle estime « que le pouvoir de nomination de contre-pouvoirs donné au président de la République est en soi une fragilité de l'État de droit ». Elle a toutefois exprimé l'espoir « que la fonction transforme le futur récipiendaire ».
Un contexte politique tendu
Cette proposition intervient dans un climat marqué par des tractations politiques nourries. Plusieurs observateurs relient cette nomination à un accord tacite avec le Sénat, qui aurait accepté la nomination d'Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France en échange du soutien du gouvernement à François-Noël Buffet pour le Défenseur des droits. Un arrangement évoqué sous la formule « pétrole contre nourriture », bien que l'entourage du président du Sénat, Gérard Larcher, ait réfuté l'existence d'un tel deal.
Claire Hédon, qui occupe actuellement la fonction de Défenseur des droits, achève son mandat de six ans non renouvelable. Issue du monde associatif, elle avait été nommée en 2020. Son bilan est marqué par un nombre record de réclamations et par une vigilance constante sur les questions de droits fondamentaux, notamment à l'égard des personnes vulnérables.
Les enjeux pour l'institution
Le Défenseur des droits est une autorité administrative indépendante créée en 2011, héritière du médiateur de la République. Ses missions couvrent un large spectre : défense des droits des usagers des services publics, protection de l'égalité, lutte contre les discriminations, protection des lanceurs d'alerte, et respect des droits de l'enfant. L'institution se veut un contre-pouvoir impartial et accessible à tous les citoyens.
La perspective de voir une personnalité politique marquée, aux positions conservatrices affirmées, prendre la tête de cette institution interroge sur son indépendance future. La CGT Défenseur des droits a d'ailleurs insisté sur ce point, déplorant que « les circonstances de cette nomination portent lourdement atteinte à l'indépendance du Défenseur des droits ».
Réactions à venir
Les auditions parlementaires de François-Noël Buffet devraient avoir lieu dans les prochaines semaines. Elles seront scrutées de près par les organisations de défense des droits humains, qui entendent utiliser ce moment pour questionner le candidat sur sa vision de la fonction et sur ses priorités. Le vote des parlementaires, bien que généralement conforme à la proposition présidentielle, pourrait réserver des surprises dans le contexte politique actuel, marqué par des majorités fragiles à l'Assemblée nationale.
En attendant, la controverse autour de cette nomination s'amplifie dans les rangs associatifs et syndicaux, certains redoutant un infléchissement des positions de l'institution sur des sujets sensibles comme les droits LGBT+, l'immigration ou la protection sociale.