Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a demandé aux parquets de réexaminer environ 70 000 plaintes pour violences impliquant des enfants, avec une échéance fixée au 14 juillet. Cette instruction, révélée ce dimanche, intervient dans le sillage de l’émotion suscitée par la mort de Lyhanna, une adolescente tuée à Fleurance (Gers) et dont le décès a provoqué une onde de choc dans tout le pays.
La mesure vise à reprendre l’ensemble des procédures en cours ou classées sans suite concernant des faits de violences, d’abus ou de maltraitance sur mineurs. L’objectif affiché est d’éviter qu’une situation similaire ne se reproduise en raison d’une défaillance dans le suivi judiciaire.
Plus de 6 000 personnes à la marche blanche
Ce même dimanche, la ville de Fleurance a vécu un moment de recueillement et de colère. Selon les autorités locales, plus de 6 000 personnes ont participé à une marche blanche organisée en mémoire de Lyhanna. Famille, amis, habitants et anonymes venus de toute la région ont parcouru les rues de la commune dans un silence lourd d’émotion, ponctué par des cris de détresse et des appels à ce que « plus jamais cela n’arrive ».
Le cortège est parti en début d’après-midi de la place de la Libération, où un portrait de l’adolescente avait été installé. De nombreux participants portaient des vêtements blancs, symbole de paix et de pureté. Des ballons blancs ont été lâchés dans le ciel, tandis que des mots d’espoir et d’indignation étaient lus au micro.
Le maire interpelle l’État
Présent aux côtés de la famille, le maire de Fleurance a livré un discours vibrant, dénonçant ce qu’il a qualifié de « défaillance sociétale ». « Il faut dire stop, il faut écouter la parole des enfants », a-t-il déclaré, estimant que les signaux d’alerte autour de la jeune fille n’avaient pas été suffisamment pris en compte par les institutions.
Il a appelé l’État à une prise de conscience collective, pointant du doigt un système qui, selon lui, n’a pas su protéger la victime malgré des signalements. Ses propos ont été salués par une foule acquise à cette cause, mais aussi par plusieurs élus locaux présents. En revanche, aucune figure politique nationale n’a fait le déplacement à Fleurance, ce qui a été relevé par plusieurs participants comme un signe de distance.
Une enquête en cours
L’enquête judiciaire, confiée à la gendarmerie, se poursuit. Les circonstances exactes du drame restent à éclaircir, mais les premiers éléments ont conduit à l’interpellation de plusieurs personnes. Le parquet n’a pas communiqué de détails supplémentaires depuis le week-end. La famille de Lyhanna, qui avait appelé au rassemblement, a exprimé sa gratitude envers la foule et son espoir que la justice soit rendue.
Un plan d’action du ministère de la Justice
Au-delà de la marche blanche, l’annonce de Gérald Darmanin constitue un tournant dans la réponse institutionnelle. La revue de 70 000 plaintes, qui concerne l’ensemble du territoire national – y compris l’outre-mer –, vise à détecter des dossiers qui auraient pu être traités de manière incomplète ou laissés sans réponse. Des instructions précises ont été adressées aux procureurs pour qu’ils priorisent ces affaires et, le cas échéant, relancent les investigations.
Cette décision fait suite à plusieurs semaines de mobilisation citoyenne et de critiques sur le traitement judiciaire des violences faites aux enfants. Plusieurs associations de protection de l’enfance ont salué cette mesure, tout en appelant à un suivi rigoureux et à des moyens supplémentaires pour les juridictions.
Une mobilisation qui ne faiblit pas
Sur les réseaux sociaux, la vague de soutien à la famille de Lyhanna et les demandes de réforme judiciaire continuent de croître. Des célébrités et des personnalités publiques ont relayé l’appel à la marche blanche, contribuant à donner une dimension nationale à cette cause.
La mairie de Fleurance, de son côté, a indiqué qu’un livre de condoléances resterait ouvert à l’hôtel de ville dans les jours à venir, et qu’une réunion publique serait organisée pour échanger sur les moyens de renforcer la protection de l’enfance au niveau local.
Alors que le deuil n’est pas achevé, la double actualité de ce dimanche – une foule immense et une directive ministérielle sans précédent – pourrait marquer un avant et un après dans la manière dont les violences sur mineurs sont traitées en France.