Un cortège silencieux et massif

La commune de Fleurance, dans le Gers, a connu un rassemblement d'une ampleur exceptionnelle ce dimanche 7 juin. Environ 6 000 personnes, vêtues de blanc pour la plupart, ont pris part à une marche blanche en mémoire de Lyhanna, 11 ans, dont le corps sans vie a été découvert jeudi dans un silo agricole désaffecté à Puycasquier, à proximité du lieu de sa disparition. Le défilé, parti de la base de loisirs de la ville, s'est déroulé sous un soleil de plomb, dans une atmosphère lourde de tristesse et de colère contenue.

Les parents en tête du cortège, une banderole et des mots déchirants

Les parents et le frère de la fillette ouvraient la marche, le visage grave, derrière une banderole blanche sur laquelle on pouvait lire : « Plus jamais ça ! On t'aime. Tu nous manques ». La famille s'est exprimée devant la presse, confiant que « tout notre petit monde s'est effondré ». Depuis une estrade, une tante de l'enfant a pris la parole pour remercier la foule : « Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut tout ce monde rassemblé pour elle ». Avant de conclure, la voix brisée : « Lyhanna, pardon, pardon pour ce que tu as vécu ».

Colère contre la justice, le suspect connu mais jamais entendu

Au-delà de l'hommage, la question du traitement judiciaire de l'affaire était au cœur des esprits. Le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, faisait l'objet de quatre plaintes pour viols sur mineurs et de deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » envers une lycéenne. Malgré ces antécédents, l'homme n'avait jamais été entendu par les enquêteurs. Une plainte déposée en août 2025, transmise au parquet d'Auch seulement en décembre, n'a été confiée à la gendarmerie qu'en janvier 2026, sans qu'aucune audition n'ait été réalisée. Ce « ratage » a suscité une vive indignation parmi les participants.

« La justice n'a pas fait son travail. Il était connu depuis janvier », s'est emporté un passant au micro d'un journaliste. Marilou Dedes, rencontrée sur le marché, a confié ne pas se sentir capable de participer à la marche : « Je ne peux pas, je suis trop remontée », a-t-elle déclaré, la voix étranglée par les larmes.

Témoignages et gestes de solidarité

Parmi les participants, de nombreuses personnes ont exprimé leur empathie et leur incompréhension. Céline Camus, 41 ans, mère de deux enfants, a confié : « Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille ». Manola Martin, une retraitée, a fait 50 kilomètres pour être présente. Elle-même victime de viol à 17 ans, elle a affirmé être venue pour ses « filles et ses petites filles », ajoutant : « Malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens là ».

Dans un élan de solidarité, deux habitantes de Fleurance ont créé gratuitement un t-shirt à l'effigie de Lyhanna pour soutenir sa famille. « C'est quelque chose qu'on n'arrive pas à expliquer, on n'a pas de mots », a témoigné l'une d'elles.

Polémique politique et réactions officielles

L'affaire a provoqué des réactions au plus haut sommet de l'État. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'est dit « furieux » et a présenté vendredi ses « excuses au nom de la Justice » à la famille. Le président de la République a, depuis le Monténégro, dénoncé un « dysfonctionnement inacceptable », refusant « d'entendre aucun argument de moyens dans cette affaire ». De son côté, l'Union syndicale des magistrats (USM) a mis en garde contre la tentation de chercher des « boucs émissaires », appelant à attendre les conclusions des inspections.

Dispositif de sécurité et incivilités

La marche a été encadrée par 150 gendarmes, a précisé le lieutenant-colonel Christophe Romand. À Montestruc-sur-Gers, village où résidait le principal suspect, le panneau d'entrée d'agglomération a été recouvert d'un drap blanc tagué de l'inscription « PDM pour les pédos » (peine de mort pour les pédophiles), a constaté un photographe sur place, illustrant la tension qui règne dans le secteur.