Les trois géants de la mémoire DRAM — Samsung, SK Hynix et Micron — font l'objet d'une plainte les accusant d'avoir organisé une pénurie artificielle afin de multiplier leurs profits. Selon les documents déposés devant une juridiction américaine, les entreprises auraient coordonné des baisses de production volontaires, ce qui aurait eu pour effet direct de faire grimper le prix des barrettes de mémoire utilisées dans les ordinateurs et les serveurs.
La plainte, déposée au nom de consommateurs et d'entreprises américains, soutient que les trois fabricants ont violé les lois anti-trust en se partageant le marché. Les plaignants affirment que les accusés se sont rencontrés à plusieurs reprises lors de conférences professionnelles et ont échangé des informations stratégiques sur leurs niveaux de stocks et leurs plans de production. Ces discussions auraient permis aux trois groupes de réduire simultanément l'offre, créant une tension sur le marché qui a entraîné une hausse des prix de plus de 30 % en l'espace de quelques mois.
Des profits records en pleine crise
Au cours de la période incriminée, les résultats financiers des trois entreprises ont atteint des sommets. Samsung, SK Hynix et Micron ont vu leurs marges bénéficiaires s'envoler, tandis que les consommateurs et les fabricants de matériel informatique subissaient des hausses de coûts importantes. La plainte cite des documents internes montrant que les dirigeants des trois sociétés auraient exprimé leur satisfaction face à la « discipline » du marché, un terme souvent utilisé dans les affaires d'entente illicite.
Un précédent juridique
Ce n'est pas la première fois que les fabricants de mémoire sont confrontés à des accusations de ce type. Dans les années 2000, plusieurs entreprises du secteur avaient déjà été condamnées à des amendes pour entente sur les prix de la mémoire DRAM. Les plaignants invoquent ce précédent pour démontrer un mode opératoire récurrent. Selon eux, la structure très concentrée du marché — les trois acteurs contrôlent plus de 95 % de la production mondiale de DRAM — faciliterait ce type de collusion.
Les sociétés mises en cause n'ont pas encore répondu publiquement aux allégations. Dans des communications antérieures, elles ont généralement nié toute entente, attribuant les fluctuations de prix aux cycles naturels de l'offre et de la demande. Cependant, les éléments recueillis par les avocats des plaignants incluent des échanges de courriels et des relevés de réunions qui, selon eux, établissent l'existence d'une coordination.
Une enquête à plusieurs niveaux
Parallèlement à cette action privée, des autorités de régulation en Europe et en Asie auraient ouvert des enquêtes préliminaires sur les pratiques du secteur. Les plaignants espèrent que ces investigations aboutiront à des sanctions financières et à des mesures correctives pour rétablir une concurrence loyale.
Si les accusations sont confirmées, elles pourraient avoir des répercussions majeures sur l'industrie technologique mondiale. Une augmentation durable des prix de la mémoire vive affecte directement les coûts des smartphones, des ordinateurs portables, des serveurs et, par extension, des services cloud. À l'heure où la demande en puissance de calcul explose avec l'intelligence artificielle et le cloud computing, une entente entre les trois fabricants risquerait de freiner l'innovation et d'alourdir la facture pour les entreprises et les particuliers.
Une procédure qui s'annonce longue
L'affaire n'en est qu'à ses débuts. La phase de discovery, qui permet aux avocats des plaignants d'exiger la production de documents internes, pourrait s'étendre sur plusieurs mois. Les experts juridiques estiment qu'une décision finale prendra au moins deux à trois ans. En attendant, le marché de la mémoire vive reste sous surveillance, et les prix continuent d'évoluer dans un climat d'incertitude.