Trois des plus importants fabricants mondiaux de mémoire vive, les groupes Samsung, SK Hynix et Micron, font l'objet d'une procédure judiciaire collective aux États-Unis. Les plaignants, des consommateurs et des entreprises, accusent ces industriels d'avoir orchestré une pénurie artificielle afin de faire grimper les prix des composants. L'action, déposée devant un tribunal fédéral, demande des dommages-intérêts pour des pratiques qui seraient contraires au droit de la concurrence.
Selon les éléments avancés dans la plainte, les trois sociétés se seraient concertées pour diminuer volontairement leur production de mémoire vive DRAM (Dynamic Random Access Memory). Cette coordination aurait eu pour effet de réduire l'offre sur le marché mondial, tandis que la demande, portée par l'essor de l'intelligence artificielle, des serveurs et des smartphones, restait élevée. En conséquence, les prix de ces puces auraient connu une augmentation significative, générant des profits records pour les trois groupes.
Des soupçons de coordination sur la production
Les avocats représentant les plaignants estiment que les fluctuations des prix et des volumes de production ne peuvent s'expliquer par les seules lois du marché. Ils pointent notamment des annonces publiques simultanées des trois fabricants concernant des réductions de capacités de production, des fermetures d'usines ou des reports d'investissements. Ces décisions, prises dans une fenêtre de temps rapprochée, laisseraient penser à une entente préalable. La plainte cite également des communications internes et des déclarations de dirigeants qui évoqueraient la nécessité de « discipliner le marché ».
Des précédents judiciaires dans le secteur
Cette affaire n'est pas la première du genre dans l'industrie des semi-conducteurs. Au début des années 2000, plusieurs fabricants de mémoires DRAM avaient déjà été condamnés aux États-Unis et en Europe pour entente illicite sur les prix, entraînant des amendes de plusieurs centaines de millions de dollars. Dans les années 2010, des accusations similaires avaient visé des fabricants de panneaux LCD. Les plaignants s'appuient sur ces précédents pour étayer leur dossier.
Des conséquences économiques étendues
La hausse des prix de la mémoire vive a des répercussions sur toute la chaîne de valeur du numérique. Les fabricants d'ordinateurs, de serveurs, de smartphones et de consoles de jeux répercutent ces coûts sur les consommateurs finaux. Les entreprises qui exploitent des centres de données, où la mémoire vive représente un poste de dépense important, voient également leurs factures augmenter. La plainte estime que le surcoût payé par les utilisateurs américains se chiffre en milliards de dollars.
Les accusés contestent les allégations
Les trois entreprises ont réagi en niant fermement toute collusion. Samsung a affirmé respecter scrupuleusement les lois sur la concurrence de tous les pays où elle opère. SK Hynix a déclaré que ses décisions de production étaient prises de manière indépendante, en fonction des anticipations de demande. Micron a, pour sa part, qualifié les accusations de « sans fondement » et a indiqué qu'elle se défendrait vigoureusement devant les tribunaux. Les avocats des entreprises soulignent que le marché de la mémoire vive est cyclique, avec des phases de pénurie et de surabondance qui sont normales dans ce secteur.
Une procédure qui pourrait durer plusieurs années
L'action collective vient d'être déposée et doit encore être certifiée par un juge pour pouvoir être instruite. Si elle est acceptée, elle pourrait représenter des milliers de plaignants. Les experts juridiques estiment que la procédure pourrait s'étaler sur plusieurs années, compte tenu de la complexité des preuves à rassembler et de la puissance juridique des défendeurs. Quelle que soit l'issue, cette affaire relance le débat sur la régulation du marché des semi-conducteurs, un secteur stratégique pour les économies modernes.