L'onde de choc provoquée par la mort d'Ann Widdecombe, figure de la droite britannique tuée le 8 juillet dans son domicile du Devon, n'a cessé de croître à mesure que l'enquête dévoile des éléments d'une brutalité rare. Ce mardi, devant le tribunal de Westminster, le parquet a dressé un tableau glaçant de l'attaque : l'ancienne députée et ministre conservatrice, âgée de 78 ans, a été frappée 21 fois à la tête avec un marteau alors qu'elle déjeunait chez elle, dans le village de Haytor.

Le suspect, Joshua Kerry, 28 ans, originaire de Rotherham dans le nord de l'Angleterre, a comparu brièvement devant la magistrature. Il a confirmé son identité avant d'être déféré à la Cour criminelle centrale de Londres, où un juge a ordonné son placement en détention provisoire jusqu'à la prochaine audience, fixée au 9 octobre.

Les images de la caméra de surveillance révèlent un scénario méthodique

Selon le récit du procureur Kashif Malik, les faits se sont déroulés en à peine deux minutes. Les images d'une caméra de sécurité, récupérées par les enquêteurs, montrent un homme portant des gants noirs entrer dans la propriété où Ann Widdecombe était attablée. Il lui aurait demandé, selon la transcription de la bande-son : « Vous n'auriez pas des cartes bancaires et une pièce d'identité, par hasard ? » Le procureur n'a pas précisé si la victime avait répondu ni comment.

Sans attendre de réponse, l'agresseur a alors frappé Ann Widdecombe à 21 reprises avec le marteau, avant de la faire basculer de sa chaise et de s'emparer de son portefeuille. Il a ensuite pris la fuite.

C'est le lendemain seulement que le corps a été découvert. Un jardinier, qui avait été prié d'aller vérifier l'état de la septuagénaire après qu'elle n'eut pas donné suite à un entretien prévu avec des médias, a donné l'alerte. Les médecins légistes ont conclu que le décès était dû à un traumatisme crânien par objet contondant.

Le procureur a également indiqué que la caméra de la sonnette de la porte d'entrée avait filmé le suspect arrêtant sa voiture, une Vauxhall Corsa de couleur rouge, devant le domicile.

Une piste politique sous enquête

Dès la découverte du corps, les premiers éléments avaient conduit la police locale du Devon et des Cornouailles à écarter la piste d'un attentat terroriste, déclaration qui lui a valu des critiques. Mais l'enquête a rapidement pris une autre tournure. Joshua Kerry, initialement arrêté deux jours après la découverte, a été à nouveau interpellé, cette fois pour « commission, préparation ou incitation d'actes de terrorisme ».

L'unité antiterroriste britannique a depuis pris la direction des investigations. Son responsable, Laurence Taylor, a expliqué que les enquêteurs s'employaient à « comprendre l'ampleur de la planification et de la préparation, ainsi que la motivation qui sous-tend cette attaque ». Il a précisé que l'assassinat d'Ann Widdecombe n'avait pas encore été officiellement qualifié d'action terroriste.

Ann Widdecombe n'était plus élue au moment des faits, mais elle demeurait une figure très médiatisée au sein de Reform UK, le parti populiste de droite dirigé par Nigel Farage, pour lequel elle avait siégé au Parlement européen de 2019 à 2020. Auparavant, elle avait été députée conservatrice pendant 23 ans, occupant des postes ministériels sous le gouvernement de John Major dans les années 1990. Après avoir quitté la Chambre des communes, elle avait connu une nouvelle célébrité en participant à une émission de danse populaire à la télévision.

Son décès a relancé le débat sur la sécurité des responsables politiques au Royaume-Uni. Deux élus — la travailliste Jo Cox en 2016 et le conservateur David Amess en 2021 — ont été assassinés ces dix dernières années, le premier par un suprémaciste blanc, le second par un sympathisant de l'État islamique.

La comparution de Joshua Kerry devant la cour criminelle centrale n'a pas permis de lever le voile sur l'éventuel mobile de l'accusé. Mais l'implication de l'unité antiterroriste et la nature des charges retenues contre lui indiquent que les autorités n'excluent pas un acte à caractère politique ou idéologique.