Les enquêteurs britanniques considèrent désormais que l'ancienne ministre Ann Widdecombe a été tuée dans une «attaque ciblée», a déclaré le chef de la police antiterroriste, Laurence Taylor, lors d'une conférence de presse. La septuagénaire, décédée à son domicile de Haytor, dans le sud-ouest de l'Angleterre, avait été retrouvée morte le 9 juillet, après avoir subi des «blessures graves». Selon le récit des autorités, l'agression aurait eu lieu la veille dans l'après-midi.

Passation à la section antiterroriste

La ministre de l'Intérieur, Shabana Mahmood, a annoncé le 13 juillet que l'enquête était transférée à la police antiterroriste, après l'apparition de «nouvelles informations et de nouveaux éléments de preuve». Le lendemain, Laurence Taylor a précisé que la procédure n'avait pas encore été qualifiée d'«acte terroriste», mais qu'une enquête parallèle pour terrorisme était ouverte. Le suspect, un Britannique blanc de 28 ans originaire de Rotherham, dans le nord de l'Angleterre, avait été arrêté le 12 juillet pour meurtre, puis de nouveau placé en garde à vue le 14 juillet pour «commission, préparation ou instigation d'actes terroristes». Un mandat délivré en vertu du Terrorism Act permet de le détenir jusqu'à sept jours avant une éventuelle mise en examen ou libération.

Pistes explorées

Les enquêteurs examinent plusieurs hypothèses quant au mobile. Laurence Taylor a confirmé que la présence de la victime sur le plateau de la chaîne Talk TV le matin même de l'attaque faisait partie des investigations. Il a également indiqué que la police cherchait à déterminer si d'autres figures du parti Reform UK avaient pu être visées. Sans se prononcer sur l'idéologie derrière le passage à l'acte, le responsable a souligné qu'il serait «erroné d'attribuer une idéologie ou une motivation à ce stade». Plusieurs médias rapportent toutefois que la piste d'une motivation d'extrême gauche est explorée par les services.

Le suspect n'était pas connu du programme de prévention de la radicalisation Prevent, a précisé la ministre de l'Intérieur devant la Chambre des communes. Le chef de la police antiterroriste a refusé de commenter une éventuelle implication d'un État étranger, tout en affirmant que «rien n'était exclu».

Un profil politique clivant

Ann Widdecombe, née en 1947 dans le Somerset, avait été députée conservatrice de 1987 à 2010 et avait occupé des postes de secrétaire d'État dans le cabinet fantôme sous John Major. Fervente partisane du Brexit, elle avait rejoint Reform UK, le parti anti-immigration dirigé par Nigel Farage, dont elle était devenue porte-parole. Figure médiatique, elle avait aussi participé à l'émission «Strictly Come Dancing» (équivalent britannique de «Danse avec les stars») ainsi qu'à la télé-réalité «Celebrity Big Brother».

Chronologie des faits

Le corps d'Ann Widdecombe a été découvert à son domicile de Haytor, dans le Devon, le 9 juillet. L'autopsie a révélé des blessures graves, et la police locale a estimé que l'attaque s'était déroulée le 8 juillet après 12h30. Un premier suspect, un homme de 28 ans, avait été interpellé le 12 juillet. Le surlendemain, à la suite de nouveaux éléments, il a été réarrêté pour des soupçons de terrorisme. L'enquête, menée conjointement par la police antiterroriste et la police locale, se poursuit activement.