Le cinéaste israélien Nadav Lapid a annoncé qu’il renonçait à se rendre au Festival international du documentaire (FID) de Marseille, où il devait siéger dans un jury. Cette décision fait suite à une polémique née de sa désignation, certains milieux militants lui reprochant sa nationalité et l’accusant de « complicité » avec les politiques de l’État hébreu dans le cadre de la guerre menée à Gaza.
L’auteur de « Synonymes » (Palme d’or à Berlin en 2019) et de « Les Fantômes d’Israël » fait l’objet de vives attaques sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de sa venue. Plusieurs collectifs et personnalités avaient appelé la direction du FID à « désinviter » le réalisateur, estimant que sa présence « blanchissait » l’action de l’armée israélienne.
Un retrait pour « ne pas nuire au festival »
Dans un message transmis aux organisateurs, Nadav Lapid explique qu’il préfère se retirer afin de ne pas « nuire au festival et à son équipe ». L’intéressé affirme avoir été « menacé » et ajoute que les accusations portées contre lui relèvent d’un « procès en sorcellerie ». Il déclare aussi ne pas vouloir que sa présence « détourne l’attention du public des films et des artistes » que la manifestation marseillaise a pour mission de mettre en lumière.
De son côté, la direction du FID Marseille a pris acte de cette décision et indiqué respecter le choix du cinéaste, tout en déplorant que des pressions extérieures aient conduit à ce désistement. Dans un communiqué, elle rappelle que le festival « n’a jamais soutenu aucune position politique » et qu’il se veut un « espace de dialogue et de création ».
Un contexte de tensions récurrentes
Cette affaire s’inscrit dans une série d’incidents similaires survenus ces derniers mois dans le milieu culturel français. Plusieurs festivals et événements artistiques ont été le théâtre de tensions liées au conflit israélo-palestinien, certains artistes ou intervenants étant accusés par des militants propalestiniens de « normaliser » la politique israélienne.
Le cas de Nadav Lapid est particulièrement sensible : le réalisateur, pourtant connu pour ses positions critiques envers le gouvernement de Benjamin Netanyahou et pour son engagement contre l’occupation des territoires palestiniens, se voit ici reprocher sa seule nationalité. Il avait déjà été pris pour cible dans le passé, notamment lors d’une projection à Paris où des manifestants avaient tenté d’empêcher la tenue de la séance.
Le FID Marseille maintient sa programmation
Le Festival international du documentaire de Marseille, qui se tiendra dans les prochains jours, a assuré que la programmation restait inchangée et que d’autres membres du jury avaient été sollicités pour remplacer Nadav Lapid. L’équipe du festival affirme vouloir « recentrer l’attention sur les œuvres et les échanges artistiques ».
Plusieurs figures du cinéma français ont apporté leur soutien au réalisateur israélien, estimant que cette polémique illustrait une « dérive » dans le monde de la culture, où la liberté de circulation et d’expression des artistes serait entravée par des considérations politiques. D’autres, en revanche, jugent légitime que des festivals prennent en compte le contexte géopolitique dans leurs invitations.
L’affaire relance le débat, déjà vif en France, sur les limites de l’engagement politique dans le secteur culturel et sur la manière dont les institutions doivent gérer les pressions militantes.