Alors que le réalisateur israélien Nadav Lapid a annoncé son retrait du Festival international du film (FID) de Marseille après une campagne d'opposition, une contre-offensive s'organise. Plus de 350 personnalités du monde de la culture et de la recherche ont signé une tribune pour dénoncer ce qu'elles qualifient de «simplisme désolant» et prendre la défense du cinéaste.

Parmi les signataires figurent deux réalisateurs ayant obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes, ainsi que le comédien Niels Schneider et l'historien et ancien diplomate Elias Sanbar. Les signataires estiment que les accusations portées contre Nadav Lapid, qui auraient motivé son retrait, reposent sur une vision réductrice et injuste de son œuvre et de son engagement.

Un retrait sous pression

Le cinéaste, connu pour ses films explorant les fractures de la société israélienne et la complexité de l'identité, devait être l'invité d'honneur ou participer à une masterclass du FID Marseille. Il a renoncé à cette présence après qu'une pétition et des appels au boycott ont circulé, le présentant comme un représentant de l'État d'Israël, une étiquette que ses défenseurs jugent infondée. Ses partisans soulignent que Lapid a souvent critiqué la politique de son gouvernement, notamment dans ses films primés.

Une tribune qui dénonce une instrumentalisation

Dans leur texte, les cosignataires fustigent une «campagne de délégitimation» qui, selon eux, réduit le travail d'un artiste à sa seule nationalité. Ils expriment leur «inquiétude face à une forme de censure qui s'installe dans les milieux culturels, sous couvert de positions politiques légitimes». La tribune appelle à ne pas confondre critique d'un gouvernement et rejet d'un artiste, et plaide pour le maintien d'un espace de dialogue et de création.

La polémique intervient dans un climat tendu autour de la présence d'artistes israéliens dans des festivals internationaux, un sujet régulièrement débattu depuis plusieurs années. Le FID Marseille, de son côté, n'a pas officiellement commenté la tribune, mais avait précédemment exprimé son regret du retrait de Nadav Lapid, invoquant l'esprit d'ouverture du festival.

Des voix contrastées

Cette mobilisation en faveur de Nadav Lapid illustre les divisions persistantes au sein du monde culturel français sur la question du boycott. Les signataires espèrent que leur action contribuera à apaiser les tensions et à rappeler la primauté de l'œuvre sur l'origine. La tribune a été publiée alors que le FID Marseille s'apprête à ouvrir sa prochaine édition, dans un contexte où la liberté d'expression et l'indépendance artistique sont au cœur des préoccupations.