Polémique à Marseille : le cinéaste israélien Nadav Lapid se retire du FID après une campagne d'opposition
Le réalisateur israélien Nadav Lapid a annoncé son retrait du Festival international du documentaire (FID) de Marseille, cédant à une campagne de boycott orchestrée par des militants propalestiniens. Cette décision a suscité une vive réaction dans le monde culturel : plus de 350 personnalités – cinéastes, écrivains, universitaires, artistes – ont signé une tribune exprimant leur solidarité avec l'artiste et défendant le principe de séparation entre l'œuvre et la nationalité.
Un retrait sous pression
Initié en mai, le mouvement d'opposition reprochait à Nadav Lapid d'être ressortissant israélien, dans le contexte de la guerre à Gaza. Plusieurs associations et collectifs avaient appelé à son exclusion du festival, accusant la direction de faire le jeu de ce qu'ils qualifient de « propagande israélienne ». Face aux pressions, l'organisation du FID avait maintenu l'invitation, mais le réalisateur a préféré se retirer pour ne pas « servir de prétexte à une instrumentalisation politique », selon des proches.
Lapid, Palme d'or en 2021 pour « Les Sœurs insoumises », devait présenter un film en avant-première et animer une masterclass. Son absence laisse un vide dans la programmation, mais la direction du festival n'a pas souhaité commenter au-delà d'un communiqué laconique regrettant la situation.
Une tribune de soutien
Publiée le 8 juin, une tribune intitulée « Inviter un artiste dans un festival n'est pas l'ériger en ambassadeur culturel » a recueilli plus de 350 signatures de personnalités françaises et internationales. Le texte affirme qu'« un festival se doit d'accueillir des artistes de tous horizons sans les réduire à leur passeport ». Il dénonce « une dérive qui confond critique d'un État et stigmatisation de ses citoyens ».
Les signataires appellent à ne pas confondre la politique d'un gouvernement avec le travail d'un artiste. « Le cinéma de Nadav Lapid, profondément critique envers la société israélienne, est un exemple de cette liberté qu'il faut protéger », souligne le texte.
Des réactions contrastées
Du côté des opposants, certains saluent le retrait comme une « victoire de la conscience morale ». Un collectif propalestinien a déclaré : « On ne peut pas séparer l'artiste de son pays quand celui-ci commet un génocide. » La polémique illustre les tensions croissantes dans le milieu culturel français autour de la question israélo-palestinienne.
Le FID Marseille, festival de renom dédié au documentaire, se retrouve au centre d'un débat qui dépasse le cadre cinématographique. Plusieurs voix s'élèvent pour demander une clarification des critères d'invitation des artistes étrangers.
Un précédent inquiétant ?
Pour de nombreux observateurs, ce retrait forcé constitue un dangereux précédent. « Si l'on boycotte un artiste sur la seule base de sa nationalité, où s'arrête-t-on ? », interroge un historien du cinéma. La tribune de soutien espère inverser la tendance et rappeler que le festival doit rester un espace de dialogue et de création, libre de toute pression politique.
L'avenir dira si cette mobilisation permettra de faire évoluer les pratiques. En attendant, Nadav Lapid a quitté Marseille, laissant le festival sous le signe de la polémique.