Le tribunal correctionnel de Nice a condamné, lundi 1er juin, deux membres des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) à des peines de prison avec sursis pour des violences commises sur un jeune homme, dans la cité azuréenne. Julian, 26 ans, a écopé de 18 mois d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire, tandis qu’Adrien, 27 ans, a été condamné à 8 mois de prison avec sursis. L’affaire, qui a suscité un vif émoi, avait été révélée par une vidéo tournée par un voisin, montrant le déferlement de coups porté à la victime alors qu’elle se trouvait au sol.

Les faits remontent au samedi 18 avril. Ce jour-là, les deux CRS, en déplacement à Nice, avaient violemment agressé un homme dans un quartier de la ville. Selon les éléments recueillis lors de l’enquête, l’altercation a dégénéré, les agents proférant des insultes – « C’est nous la police, fils de pute ! » – avant de frapper la victime. L’individu, dont l’identité n’a pas été communiquée, a été roué de coups, une scène filmée par un habitant du voisinage. Les images, rapidement diffusées, ont conduit à l’ouverture d’une procédure judiciaire.

Des peines assorties d’interdictions professionnelles

Outre les peines d’emprisonnement avec sursis, le tribunal a prononcé des interdictions d’exercer toute fonction au sein des forces de l’ordre. Julian se voit ainsi interdire de travailler dans la police pour une durée de cinq ans, tandis que son collègue écope d’une interdiction de deux ans. Le parquet avait requis des sanctions sévères, estimant que les deux hommes avaient « fait honte à l’institution ». Lors de l’audience, le procureur a souligné la gravité des faits, qualifiés de « violences et vol aggravé » – les deux agents ayant également été reconnus coupables d’avoir dérobé des effets personnels de la victime durant l’agression.

Les deux prévenus, qui avaient été placés en garde à vue dans les jours suivant la diffusion de la vidéo, ont comparu devant le tribunal correctionnel. Leurs avocats ont plaidé des circonstances atténuantes, mais les juges ont retenu la préméditation apparente et l’usage disproportionné de la force. Le jugement, rendu en début de semaine, précise que les peines tiennent compte de l’absence d’antécédents judiciaires des condamnés, mais aussi de la nécessité de « préserver la confiance des citoyens dans les forces de l’ordre ».

Une affaire qui relance le débat sur les violences policières

Ce dossier s’inscrit dans une série de procès récents pour des violences commises par des représentants des forces de l’ordre en France. Si les deux CRS ont été condamnés, l’affaire a également mis en lumière le rôle des images tournées par des particuliers dans la manifestation de la vérité judiciaire. La vidéo, devenue virale, a contraint la hiérarchie policière à réagir rapidement et à coopérer avec l’enquête.

La victime, qui n’était pas représentée à l’audience par ses avocats, n’a pas souhaité s’exprimer publiquement. Ses proches ont toutefois salué une décision « juste » et « exemplaire ». Du côté des syndicats de police, les réactions sont plus réservées : certains estiment que les peines sont trop lourdes, tandis que d’autres appellent à ne pas stigmatiser l’ensemble d’une profession.

Le parquet dispose d’un délai de dix jours pour faire appel de cette décision. En attendant, les deux ex-CRS – qui ne sont plus en fonctions depuis leur mise en cause – sont désormais inscrits au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions. Le tribunal a également ordonné la confiscation de leurs armes de service.

Des faits reconnus mais contestés

Lors de l’audience, les deux prévenus ont reconnu les violences tout en contestant la qualification de vol aggravé. Selon leurs déclarations, la saisie des objets personnels de la victime relevait d’une « procédure de fouille après interpellation ». Le tribunal n’a pas retenu cette version, estimant que les objets avaient été détournés à des fins personnelles, sans lien avec une quelconque procédure légale. Les juges ont notamment pointé la disparition d’un téléphone portable et d’une somme d’argent liquide que la victime portait sur elle.

L’affaire a également mis en évidence des tensions lors de l’enquête interne. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait été saisie dès le lendemain des faits, et ses conclusions ont corroboré la version de la vidéo. Le rapport, remis au parquet, mentionne des « dysfonctionnements manifestes » dans le comportement des deux agents.