Une culture toxique pointée du doigt
L'enquête nationale sur les maternités du NHS, présidée par la baronne Valerie Amos, a livré ses conclusions le 26 février. Commandée par l'ancien secrétaire d'État à la Santé, Wes Streeting, cette investigation avait pour objectif de tirer les leçons d'une série de scandales ayant ébranlé la confiance des familles dans le système de soins périnatals. Le rapport, intitulé « National Maternity and Neonatal Investigation », dresse un constat accablant : le dispositif n'est « pas conçu pour prodiguer des soins systématiquement sûrs, de haute qualité et empreints de compassion ».
La baronne Amos a notamment mis en lumière un « racisme et une discrimination inacceptables enracinés dans le système ». Selon elle, « en tant que pays, nous ne pouvons pas continuer ainsi ». Le document appelle à huit transformations majeures, dont la nomination d'un commissaire à la maternité chargé d'une « attention inflexible » à l'amélioration des soins.
Une écoute trop souvent absente
L'équipe de la baronne Amos a recueilli le témoignage de plus de 450 familles et s'est rendue dans douze établissements hospitaliers du NHS pour évaluer les changements nécessaires. La principale défaillance identifiée est une réticence à écouter les femmes et leurs proches, ce qui conduit à des issues médicales défavorables. Le rapport souligne également l'absence d'un standard de soins homogène, avec de fortes disparités entre les services.
Le système est qualifié de « fragmenté, excessivement complexe et trop lent pour apprendre et s'améliorer ». Parmi les mesures urgentes recommandées figure la refonte du service de triage des maternités, que la baronne Amos décrit comme « devenant de plus en plus le service des urgences de la maternité ». Elle préconise que des sages-femmes soient spécifiquement dédiées aux appels téléphoniques pour fournir des conseils en temps utile, et que toute femme qui s'inquiète se voie proposer une consultation en personne. Si ces changements sont mis en œuvre, assure le rapport, « des vies seront sauvées et les préjudices réduits ».
Racisme et discrimination traités comme un enjeu de sécurité
L'enquête insiste sur la nécessité de traiter le racisme et la discrimination comme un problème critique de sécurité, exigeant une intervention urgente. Cela passe notamment par la collecte de données granulaires sur les résultats inégaux des soins, données qui doivent être remontées au niveau des conseils d'administration des établissements dès l'apparition de tendances problématiques.
Un désaccord interne notable
La publication du rapport Amos n'a pas été sans controverse. L'un des principaux enquêteurs du pays sur les questions de maternité, le Dr Bill Kirkup, a démissionné en désaccord avec les conclusions de la baronne Amos. Selon des sources proches du dossier, il s'opposait à son constat selon lequel la promotion d'un accouchement naturel, y compris le refus de césariennes à certaines femmes, n'était pas un phénomène généralisé à l'échelle nationale. Le Dr Kirkup a notamment dirigé les investigations sur les maternités de Morecambe Bay et d'East Kent.
Pas de nouvelle enquête publique statutaire
Malgré des appels en faveur d'une enquête publique statutaire, qui aurait le pouvoir de contraindre des cadres dirigeants d'hôpitaux à témoigner sous serment, la baronne Amos ne s'y montre pas favorable. Elle a justifié cette position en expliquant que « les enquêtes publiques statutaires prennent un temps très, très long », ajoutant qu'à ce stade, elle ne voit pas la nécessité d'une telle procédure.
Ce rapport intervient quelques jours après la publication de l'enquête Ockenden sur la maternité de Nottingham, qui a révélé que des centaines de femmes et de bébés avaient été victimes de soins défaillants. Les deux investigations mettent en lumière une crise profonde du système de soins périnatals en Angleterre.