Les cérémonies funéraires d’Ali Khamenei, tué fin février lors d’une frappe américano-israélienne, ont pris fin jeudi dans la cité religieuse de Machhad. L’inhumation de l’ancien guide suprême a rassemblé les principales figures de la République islamique, mais une absence a dominé les débats : celle de son successeur, Mojtaba Khamenei.
Un enterrement sans le nouveau guide
Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, ainsi que Mostafa Khamenei, fils aîné du défunt, ont assisté à la mise en terre. Le commandant des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi, jusqu’alors discret depuis le début du conflit, a également fait une apparition remarquée. En revanche, aucune trace de Mojtaba Khamenei, âgé de 56 ans, n’a été confirmée, malgré les recherches fiévreuses de nombreux internautes sur les images de l’événement.
Depuis sa désignation comme guide suprême au lendemain de la mort de son père, Mojtaba Khamenei n’a plus communiqué que par des déclarations écrites. Son absence à l’enterrement, ultime étape d’une semaine de funérailles nationales, renforce les spéculations sur son état de santé ou sur la crainte d’un assassinat ciblé par Israël ou les États-Unis.
Un pouvoir fragilisé, une dépendance accrue envers les Gardiens
Plusieurs analystes estiment que ce profil bas traduit une transformation profonde du rôle de guide suprême. Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales de Genève, souligne que la discrétion de Mojtaba Khamenei « n’est pas bonne pour son image publique, mais peut être temporaire ». Selon lui, son absence s’explique par « un mélange de blessures physiques qui le rendraient impubliable et de considérations sécuritaires, étant donné le risque que ses apparitions servent à le localiser pour une future tentative d’assassinat ».
Le chercheur anticipe une « lutte de pouvoir » entre Mojtaba Khamenei et Mohammad Bagher Ghalibaf, devenu le visage public le plus en vue de la République islamique depuis le début de la guerre. Il ajoute que, « dans l’ensemble, son pouvoir et son autorité seront encore plus subordonnés aux Gardiens de la révolution ».
Cette analyse est partagée par Jason Brodsky, directeur politique du centre de réflexion américain United Against Nuclear Iran. Il rappelle que Mojtaba Khamenei a bénéficié du soutien des Gardiens pour accéder à la fonction suprême et qu’il en est « plus dépendant ». « L’équilibre des forces entre le bureau du guide suprême et les Gardiens de la révolution s’est modifié », déclare-t-il.
Un dirigeant « plus faible », mais un pouvoir à consolider
Brodsky qualifie Mojtaba Khamenei de « dirigeant plus faible » que son père, tout en rappelant qu’il avait fallu « des années » à Ali Khamenei pour asseoir son autorité après sa nomination en 1989. Il ajoute que « l’Iran tente de montrer la force, la cohésion et la survie ».
Le parallèle avec la tradition chiite de l’occultation – l’imam Mahdi, douzième imam, étant caché aux yeux des hommes – est également évoqué par certains observateurs. Ce thème, familier à la population iranienne majoritairement chiite, pourrait offrir une grille de lecture à l’invisibilité persistante du nouveau guide.
Des funérailles sous haute tension
L’enterrement à Machhad, ville sainte où se trouve le mausolée de l’imam Reza, a constitué l’apogée d’une série d’hommages qui ont traversé le pays. La présence de hauts responsables militaires et politiques visait à démontrer la continuité de l’État, malgré la perte du chef suprême et la guerre en cours. Mais l’absence de Mojtaba Khamenei a jeté une ombre sur cette démonstration d’unité.
Reste à savoir si le nouveau guide suprême brisera son silence et refera surface dans les semaines à venir, ou si son nouveau rôle s’exercera désormais dans l’ombre, laissant le champ libre aux Gardiens de la révolution et aux responsables sécuritaires. L’évolution de la guerre et les négociations en cours avec les États-Unis – menées notamment par Ghalibaf – seront scrutées de près pour y déceler les premiers signes d’un nouvel équilibre au sommet de l’État iranien.