L’acoupa rouge, poisson mythique des côtes de Guyane, est en train de disparaître à un rythme préoccupant. Espèce emblématique de la région, prisée tant pour sa chair que pour ses mâchoires, cet habitant des eaux amazoniennes subit une pression de pêche qui met en péril sa survie à long terme. Plusieurs rapports scientifiques et témoignages de pêcheurs alertent sur une situation jugée « alarmante ».

Une espèce sous pression

L’acoupa rouge (Cynoscion acoupa) est un poisson prédateur qui peut atteindre près d’un mètre de long et peser jusqu’à dix kilos. Il occupe une place centrale dans l’économie locale : il représente environ 60 % des débarquements de la pêche artisanale en Guyane, et constitue une ressource majeure pour les communautés de pêcheurs. Sa popularité a cependant dépassé les frontières de la Guyane. Depuis quelques années, la demande explose sur les marchés asiatiques, où ses mâchoires sont utilisées pour fabriquer des pendentifs et des bijoux, tandis que sa chair est exportée vers le Brésil.

Un déclin chiffré

Des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’Université de Guyane ont mené une étude publiée dans la revue Fisheries Research en 2024. Leurs travaux montrent que les stocks d’acoupa rouge ont chuté de près de 80 % en une décennie. « On devrait s’inquiéter », résume un océanographe de l’IRD interrogé récemment. Les scientifiques expliquent que l’espèce est victime d’une surexploitation qui dépasse largement sa capacité de renouvellement. La maturité sexuelle tardive de l’acoupa rouge, qui n’atteint qu’à partir de cinq à sept ans, aggrave la situation : les individus sont capturés avant même d’avoir pu se reproduire.

Une pêche non régulée

Contrairement à d’autres espèces commerciales, l’acoupa rouge ne bénéficie d’aucun quota de pêche en Guyane. La réglementation actuelle n’impose ni taille minimale de capture ni période de fermeture. Les pêcheurs artisanaux, qui utilisent des filets maillants, remontent des poissons de plus en plus petits et jeunes. « On voit des acoupas de 30 centimètres alors qu’ils devraient mesurer au moins 60 cm pour avoir eu le temps de se reproduire », déplore un représentant du comité régional des pêches.

Parallèlement, la pêche industrielle, notamment brésilienne, opère dans les eaux internationales voisines, amplifiant la pression sur les populations qui migrent entre les zones côtières guyanaises et brésiliennes. Cette pêche non collaborative entre les deux pays complique toute tentative de gestion commune.

Un symbole en péril

Au-delà de l’enjeu économique, l’acoupa rouge revêt une importance culturelle forte. Il est surnommé « le roi des mers guyanaises » et fait partie intégrante du patrimoine culinaire local. Sa disparition menacerait l’équilibre de l’écosystème marin, car il est un prédateur clé dans la chaîne alimentaire.

Le comité régional des pêches et des élevages marins de Guyane a demandé en début d’année 2025 une rencontre avec les autorités nationales pour obtenir des mesures de gestion urgentes. Un plan de sauvegarde est en cours d’élaboration, mais les experts estiment qu’il faudrait une action coordonnée avec le Brésil, d’autant que l’espèce migre entre les deux zones économiques.

Des pistes de solution

Parmi les leviers évoqués figurent l’instauration d’un quota de capture, une taille minimale de débarquement de 60 cm, et la mise en place d’une période de repos biologique pendant les mois de reproduction. Des scientifiques suggèrent également de développer un label de pêche durable pour valoriser les pratiques responsables et inciter les pêcheurs à adopter des techniques moins destructrices.

« Si rien n’est fait rapidement, l’acoupa rouge pourrait disparaître des eaux guyanaises d’ici une vingtaine d’années », avertit un biologiste marin de l’Université de Guyane. L’alerte est lancée : il reste une fenêtre d’action pour éviter l’effondrement total de cette espèce emblématique.