Une action judiciaire sans précédent vise le géant américain des transports. Cinq chauffeurs VTC, assistés par leur avocat, ont déposé une plainte pour traite d'êtres humains à l'encontre de la société Uber. Cette plainte, qualifiée de « novatrice » par les plaignants, cherche à établir que l'entreprise a mis en place un système massif de recrutement dans le but d'exploiter les conducteurs.

Le syndicat INV, représenté par son secrétaire général Brahim ben Ali, soutient cette démarche et affirme que les conditions de travail et de rémunération des chauffeurs se sont dangereusement dégradées. Selon lui, huit conducteurs sont morts en l'espace d'un an, victimes de l'épuisement et de la pression exercée par le modèle économique de la plateforme. « On peut se poser légitimement la question de l'esclavage », a déclaré le responsable syndical, soulignant la radicalité de l'accusation.

Des accusations d'exploitation systémique

La plainte déposée mardi 1er juillet 2026 repose sur l'argument selon lequel Uber aurait orchestré un « acte de recrutement massif en vue d'exploitation », selon les termes de l'avocat des chauffeurs. Les plaignants estiment que la plateforme contrôle étroitement leurs conditions de travail tout en les privant du statut de salarié, les maintenant ainsi dans une situation de dépendance économique et de vulnérabilité. La qualification pénale de traite d'êtres humains, généralement utilisée pour des affaires de proxénétisme ou de travail forcé, est ici appliquée à une relation commerciale entre une entreprise technologique et des travailleurs indépendants.

Un contexte de précarité croissante

Les chauffeurs VTC dénoncent depuis plusieurs années une baisse continue de leurs revenus, due à une augmentation du nombre de conducteurs et à une politique tarifaire agressive d'Uber. Beaucoup travaillent plus de soixante-dix heures par semaine pour tenter d'atteindre un revenu décent. Les conditions de travail, marquées par la fatigue, le stress et l'absence de protection sociale, sont régulièrement pointées du doigt par les organisations syndicales. La mort de huit chauffeurs en un an, toutes liées selon le syndicat à l'épuisement professionnel, a créé un électrochoc et a conduit à cette action en justice.

Une plainte aux implications juridiques majeures

Cette procédure pénale, si elle aboutit, pourrait faire jurisprudence et redéfinir la responsabilité des plateformes numériques vis-à-vis de leurs travailleurs. La justice devra déterminer si le modèle économique d'Uber constitue une forme d'exploitation susceptible de relever de la traite d'êtres humains, une infraction particulièrement grave en droit français. Les plaignants espèrent que cette plainte obligera la plateforme à revoir ses pratiques et à garantir des conditions de travail dignes pour les chauffeurs.

Uber n'a pas encore réagi publiquement à ces accusations. L'entreprise, qui a déjà fait face à de nombreux litiges sociaux dans plusieurs pays, conteste régulièrement toute qualification de lien de subordination avec ses chauffeurs.