Ce lundi 8 juin s'est ouvert devant la cour criminelle du Loiret, à Orléans, le procès de quatre hommes soupçonnés d'avoir participé à un réseau pédocriminel en ligne d'une ampleur exceptionnelle. Selon les éléments de l'enquête, plus de 930 000 fichiers à caractère pédopornographique ont été découverts lors des perquisitions. Cent vingt victimes ont été identifiées, dont vingt et une résidant en France, âgées de trois à quinze ans. Le verdict est attendu vendredi.

Les accusés, dont les âges s'échelonnent de trente-sept à soixante-quatre ans, sont jugés pour consultation, détention et diffusion d'images pédopornographiques. Deux d'entre eux font également face à des accusations de viols sur des mineurs de moins de quinze ans. L'enquête, initiée en 2022, a été menée par les gendarmes de la section de recherches d'Orléans, qui ont infiltré plusieurs groupes opérant sur des messageries chiffrées telles que ICQ, Snapchat et Telegram. Ces groupes, sans hiérarchie formelle, étaient organisés autour d'administrateurs et d'utilisateurs actifs qui partageaient massivement des fichiers.

Un mode opératoire fondé sur le « grooming »

Les investigations ont mis en lumière l'utilisation systématique de la technique du « grooming » : les mis en cause se faisaient passer pour des mineurs ou créaient de faux profils afin d'approcher leurs jeunes victimes, gagner leur confiance et obtenir des images ou vidéos à caractère sexuel. Selon la gendarmerie, les membres les plus actifs employaient également d'autres méthodes, comme la réalisation de vidéos dans des lieux publics ou l'agression de fillettes de leur entourage. L'association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE) a rapporté que des paris étaient organisés entre membres du réseau sur celui qui obtiendrait le premier une image dénudée d'une mineure.

Des victimes identifiées grâce à une coopération internationale

Le démantèlement du réseau a été facilité par la découverte, sur le darkweb, d'une vidéo de viol d'enfant en langue française par les autorités australiennes, ce qui a conduit à la saisine de l'Office français de lutte contre les violences faites aux mineurs (OFMIN). Au total, six personnes avaient été interpellées entre avril et novembre 2023. L'une d'elles s'est suicidée en détention provisoire. Un autre, arrêté en Belgique en novembre 2023 en état de récidive, a été condamné au début de l'année 2025 à une peine de dix ans de prison. Les quatre accusés renvoyés devant la cour criminelle sont donc les derniers à être jugés.

Le rôle des associations et l'attente des parties civiles

Plusieurs associations se sont constituées parties civiles. L'ACPE estime que ce dossier « révèle l'existence d'un réseau organisé d'exploitation sexuelle de mineurs, caractérisé par une logique collective de prédation » et demande que « cette dimension systémique soit pleinement intégrée dans l'appréciation de la peine ». Maître Céline Astolfe, pour la Fondation Pour l'enfance, a souligné que « cette affaire interpelle par le nombre de fichiers pédocriminels qui ont circulé, nous sommes proches du million », ajoutant que son objectif est « de porter la voix de toutes les victimes qui n'ont pas été identifiées ».

Maître Elena Campario, qui représente une jeune victime agressée et violée à de multiples reprises par un homme de soixante-quatre ans, a déclaré attendre de voir « lors de l'audience comment les accusés vont réagir face à leurs agissements ». Elle a précisé que son client, qui n'a jamais avoué, a filmé « plusieurs dizaines de fois ses agissements », ce qui ajoute « encore de la douleur pour la victime ». Selon un document judiciaire cité dans le dossier, l'un des accusés a reconnu lors d'une audition être « un chasseur, un prédateur ».

Un procès très attendu

Ce procès, dont le verdict est prévu vendredi, intervient dans un contexte de prise de conscience accrue des violences sexuelles faites aux mineurs commises via Internet. La gendarmerie du Loiret a précisé que toutes les victimes françaises identifiées ont été entendues. Les débats devant la cour criminelle devraient permettre de préciser le degré d'implication de chacun des accusés dans ce réseau tentaculaire.