Quatre hommes soupçonnés d’avoir participé à un vaste réseau pédocriminel en ligne comparaissent depuis ce lundi 8 juin devant la cour criminelle du Loiret, à Orléans. Âgés de 37 à 64 ans, ils répondent notamment de consultation, détention et diffusion d’images pédopornographiques. Deux d’entre eux sont également poursuivis pour des viols commis sur des mineurs de moins de quinze ans. Le procès doit s’achever vendredi 12 juin avec le verdict.
Une enquête de longue haleine
Les investigations, débutées en 2022, ont été menées par la section de recherches de la gendarmerie d’Orléans. Les enquêteurs ont infiltré plusieurs groupes utilisant des messageries chiffrées – ICQ, Snapchat et Telegram – pour échanger des contenus illicites et entrer en contact avec des mineures. Au total, six personnes ont été interpellées entre avril et novembre 2023. Parmi elles, l’une s’est suicidée en détention provisoire. Un autre, arrêté en Belgique en novembre 2023 en état de récidive, a déjà été condamné au début de l’année 2025 à dix ans de prison.
Lors des perquisitions, plus de 930 000 fichiers pédopornographiques – photos et vidéos – ont été saisis. Les mis en cause utilisaient de faux profils pour approcher leurs victimes, recourant à la technique dite du « grooming », qui consiste à gagner la confiance d’un mineur avant d’obtenir du contenu sexuel sous une apparente forme de consentement.
Des méthodes de prédation collective
Selon les éléments recueillis par la gendarmerie, les membres les plus actifs du réseau employaient des stratégies variées : enregistrements réalisés dans des lieux publics ou agressions commises sur des fillettes de leur entourage. L’association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE) a également relevé que des paris étaient organisés entre les participants pour savoir qui obtiendrait le premier une image dénudée d’une jeune mineure.
« Ce dossier révèle l’existence d’un réseau organisé d’exploitation sexuelle de mineurs, caractérisé par une logique collective de prédation », a estimé l’ACPE, appelant à ce que « cette dimension systémique soit pleinement intégrée dans l’appréciation de la peine ».
L’un des accusés, qui comparaît pour viols, a reconnu lors d’une audition être « un chasseur, un prédateur », selon un document judiciaire. Un autre, âgé de 64 ans, est poursuivi pour avoir agressé et violé à plusieurs reprises une jeune victime. Il a filmé « plusieurs dizaines de fois ses agissements », a déclaré Me Elena Campario, avocate de la victime, avant l’ouverture du procès. « Cela rajoute encore de la douleur pour la victime », a-t-elle ajouté. L’intéressé n’a jamais avoué les faits.
120 victimes recensées, dont 21 en France
Au total, 120 victimes ont été identifiées à travers les investigations. Parmi elles, 21 sont de nationalité française, âgées de 3 à 15 ans. Toutes ont été entendues par les enquêteurs, a précisé la gendarmerie du Loiret.
La découverte, sur le darkweb, d’une vidéo de viol d’enfant en langue française par les autorités australiennes a permis de saisir l’Office français de lutte contre les violences faites aux mineurs (OFMIN), qui a participé aux investigations.
Des avocats et associations parties civiles
Plusieurs associations se sont constituées parties civiles. Me Céline Astolfe, pour la Fondation Pour l’enfance, a souligné que « cette affaire interpelle par le nombre de fichiers pédocriminels qui ont circulé, nous sommes proches du million ». Son objectif, a-t-elle ajouté, est de « porter la voix de toutes les victimes qui n’ont pas été identifiées ».
Le président de la cour criminelle du Loiret devra statuer sur le sort des quatre accusés à l’issue de cinq jours d’audience. Les débats permettront d’examiner en détail le mode opératoire du réseau et la gravité des actes reprochés.