La Chine a durci sa riposte commerciale contre les États-Unis en annonçant, lundi, l’inscription de dix entreprises américaines sur sa liste de contrôle des exportations et l’interdiction des achats publics à 46 autres. Cette décision, présentée comme une mesure de sauvegarde de la sécurité nationale, intervient deux semaines après que le Pentagone a placé près de 80 sociétés chinoises sur sa liste des « entreprises militaires chinoises opérant aux États-Unis ».

Le ministère chinois du Commerce a précisé que les exportations de biens à double usage – pouvant servir à des fins civiles ou militaires – vers ces dix entités sont désormais prohibées. Les transactions en cours doivent être immédiatement suspendues. La mesure s’applique également aux institutions et personnes étrangères qui tenteraient de transférer ces produits vers les firmes visées.

Des groupes stratégiques ciblés

Parmi les entreprises concernées figurent l’exploitant minier MP Materials, qui possède la mine de terres rares de Mountain Pass en Californie, ainsi que le fabricant d’aimants à terres rares USA Rare Earths. Plusieurs sous-traitants de la défense américaine spécialisés dans l’aérospatial, les drones, le radar à synthèse d’ouverture ou la construction navale sont également inscrits sur la liste.

Parallèlement, le ministère chinois des Finances a notifié l’interdiction de tout marché public avec 46 entreprises, dont des filiales de grands groupes de défense américains comme Lockheed Martin, Boeing, General Atomics et General Dynamics. Une exemption a toutefois été accordée aux sociétés locales enregistrées sous financement américain.

Une réponse aux sanctions du Pentagone

Début juin, le Pentagone avait ajouté environ 80 entreprises chinoises et leurs filiales à sa liste des « entités identifiées comme entreprises militaires chinoises », estimant qu’elles sont soit détenues ou contrôlées par l’armée chinoise, soit qu’elles contribuent au développement militaire du pays dans le cadre du concept de « fusion militaro-civile ». Parmi les groupes visés figuraient des géants technologiques comme Alibaba et Baidu.

Les experts considèrent que les mesures annoncées lundi par Pékin sont en grande partie symboliques. Les entreprises américaines déjà soumises à des restrictions antérieures ont adapté leurs chaînes d’approvisionnement, et l’interdiction des marchés publics ne concerne pas les entreprises américaines implantées localement. Néanmoins, cette escalade marque une nouvelle étape dans la guerre commerciale et technologique entre les deux puissances.

Un contexte de tensions croissantes

Ces annonces interviennent alors que les relations sino-américaines sont déjà tendues sur de nombreux dossiers, des droits de douane aux restrictions d’accès aux technologies de pointe. La Chine contrôle une part écrasante de la production et du raffinage des terres rares, minerais essentiels à la fabrication d’aimants pour les véhicules électriques, les éoliennes et l’électronique militaire. En ciblant MP Materials et USA Rare Earths, Pékin cherche à limiter l’accès de ces industries américaines à des matériaux critiques.

Le gouvernement chinois justifie ses restrictions par la nécessité de « sauvegarder la sécurité nationale et les intérêts du pays, et de remplir ses obligations internationales telles que la non-prolifération ». De son côté, Washington n’a pas encore officiellement réagi à ces nouvelles mesures, mais les analystes prévoient que la spirale des sanctions pourrait s’intensifier dans les semaines à venir.