La plateforme de paris décentralisés Polymarket fait l'objet d'accusations graves : elle aurait discrètement financé des vidéastes pour produire des contenus simulant des gains massifs sur son site. Selon une enquête publiée ce mercredi, ces vidéos, présentées comme des témoignages authentiques de joueurs ayant gagné des sommes à six chiffres, auraient en réalité été entièrement scénarisées et rémunérées par la société.

Un système de rémunération opaque

L'enquête révèle que Polymarket aurait eu recours à des intermédiaires, surnommés « clippers », pour recruter des créateurs de contenu. Ces derniers auraient perçu des paiements, parfois en cryptomonnaies, pour tourner des vidéos où ils apparaissent en train de parier et de remporter de l'argent « gratuit ». Les montants des gains affichés, atteignant jusqu'à plusieurs centaines de milliers de dollars, seraient fictifs ou fortement exagérés.

Les vidéastes concernés opèrent principalement sur des plateformes comme YouTube, TikTok ou X. Dans plusieurs cas, ils présentent la plateforme comme un moyen « facile » de gagner de l'argent, sans mentionner la nature sponsorisée du contenu. Cette pratique, si elle est confirmée, constituerait une violation des règles de transparence publicitaire dans de nombreux pays.

Des vidéos supprimées ou modifiées

À la suite des révélations, plusieurs vidéastes auraient rapidement retiré leurs vidéos des réseaux sociaux ou les auraient modifiées pour y ajouter une mention « partenariat rémunéré ». Certains créateurs ont reconnu avoir été payés par Polymarket, mais assurent que les gains présentés étaient réels, bien que provenant de paris effectués avec de l'argent fourni par la plateforme.

Polymarket n'a pas encore officiellement commenté ces accusations. La plateforme, qui a connu une croissance fulgurante ces derniers mois, notamment grâce aux paris sur les élections américaines, se retrouve au cœur d'une controverse sur l'éthique de ses pratiques marketing.

Un modèle économique sous pression

Cette affaire intervient alors que les autorités de régulation financière, tant aux États-Unis qu'en Europe, surveillent de près les plateformes de paris en ligne basées sur la blockchain. Le modèle de Polymarket, qui permet de parier sur des événements politiques, sportifs ou culturels via des contrats intelligents, est critiqué pour son manque de transparence et ses risques de manipulation.

Les critiques soulignent que de telles vidéos trompeuses pourraient encourager des comportements addictifs, en particulier chez les jeunes publics vulnérables. Des associations de protection des consommateurs ont déjà appelé à une enquête approfondie sur les méthodes de promotion de la plateforme.

Des antécédents de controverse

Ce n'est pas la première fois que Polymarket suscite la polémique. En 2024, la plateforme avait déjà été accusée d'avoir influencé les marchés de prédiction autour de l'élection présidentielle américaine, en permettant des parois sur des événements non vérifiés. Des questions avaient alors été soulevées sur l'intégrité des informations fournies aux parieurs.

Aujourd'hui, avec ces nouvelles révélations, c'est la crédibilité même du marketing de l'entreprise qui est remise en cause. Les investisseurs et les utilisateurs pourraient être tentés de se tourner vers des concurrents plus transparents.

Des conséquences potentielles

Si les accusations se confirment, Polymarket pourrait faire face à des sanctions financières, notamment de la part de la Federal Trade Commission (FTC) aux États-Unis, qui lutte contre les publicités trompeuses. En Europe, le Règlement général sur la protection des consommateurs (RGPC) pourrait également être invoqué.

À l'heure où l'industrie des paris en ligne cherche à se légitimer, cette affaire pourrait être un coup d'arrêt pour la croissance de Polymarket. Les prochaines semaines diront si la plateforme parviendra à rétablir la confiance ou si elle devra revoir en profondeur ses stratégies de communication.