Une dynamique historique s’est inversée sur le marché des assistants d’intelligence artificielle grand public. Pour la première fois depuis son lancement en novembre 2022, ChatGPT n’est plus majoritaire. En mai 2026, sa part de marché s’établit à 46,4 % sur un panel de vingt-cinq marchés internationaux, selon des données sectorielles récentes. Le seuil des 50 % avait déjà été franchi à la baisse en mars, marquant un basculement que les analystes jugent désormais structurel.
OpenAI conserve pourtant la première place avec environ 1,1 milliard d’utilisateurs mensuels actifs, un chiffre qui reste colossal. Mais la tendance est nette : la progression de ses concurrents directs, Gemini (Google) et Claude (Anthropic), est plus rapide que l’érosion de ChatGPT. Le service de Google occupe désormais 27,7 % du marché, avec 662 millions d’utilisateurs. Claude, de son côté, atteint 10,3 % et 245 millions d’utilisateurs, mais se distingue surtout par un taux de conversion vers les offres payantes de 13 %, le plus élevé du secteur — ce qui témoigne d’une base d’utilisateurs particulièrement fidèle et prête à payer.
Plusieurs facteurs expliquent ce recul
Plusieurs événements récents ont contribué à ce décrochage. Le plus notable est l’accord de coopération signé en février 2026 entre OpenAI et le Pentagone, qui prévoit l’utilisation des modèles de l’entreprise à des fins militaires. Cette décision a provoqué des remous en interne et entraîné des départs, mais aussi un pic de désinstallations mesurable dans les données comportementales du secteur. Si ChatGPT reste loin devant en volume absolu, ce déclencheur semble avoir accéléré une défiance latente.
Les données de rétention indiquent en outre que les utilisateurs qui quittent ChatGPT tendent à ne pas revenir, ce qui transforme une baisse conjoncturelle en tendance durable. Dans le même temps, les alternatives ont nettement amélioré leur qualité, rendant la concurrence plus crédible qu’auparavant.
Un effet indirect de la régulation européenne
Selon les observateurs, un effet secondaire inattendu de la régulation européenne aurait également joué un rôle dans ce basculement. Le cadre juridique imposé par l’UE, en contraignant les acteurs à des exigences de transparence et de conformité, aurait permis à des concurrents de gagner en visibilité et en confiance auprès des utilisateurs les plus sensibles à ces questions.
Cette évolution survient alors qu’OpenAI traverse une période stratégique dense : la société prépare une refonte de ChatGPT pour en faire une « super-app » universelle, capable d’agir directement sur des applications tierces, et vise une introduction en Bourse. Le recul de sa part de marché pourrait peser sur la valorisation attendue, même si le nombre d’utilisateurs reste très élevé.
Gemini et Claude capitalisent sur la défiance
Google capitalise sur l’intégration de Gemini dans son écosystème (Android, Gmail, Workspace), tandis que Claude mise sur une image de marque plus prudente et éthique. Le taux de conversion payant de Claude suggère que ses utilisateurs sont prêts à payer pour un service perçu comme plus fiable. Pour OpenAI, l’enjeu est désormais de stabiliser sa base d’utilisateurs tout en poursuivant son expansion commerciale et sa levée de fonds record, sans perdre davantage de terrain face à des rivaux désormais installés dans le paysage.