Des progrès salués, mais des sujets sensibles ravivés
La première session de pourparlers directs entre les États-Unis et l'Iran s'est conclue lundi matin en Suisse sur une note d'optimisme prudent. Les médiateurs – le Pakistan et le Qatar – ont fait état de progrès « encourageants » vers un accord de paix final, que les deux parties entendent sceller dans un délai de soixante jours. Les autorités suisses ont qualifié les échanges de « constructifs ». Pourtant, les discussions dévoilées par les participants laissent entrevoir des écueils majeurs pour les semaines à venir.
Un retour à la table après une interruption
La délégation iranienne, conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait momentanément quitté la table des négociations dimanche pour protester contre un message publié sur les réseaux sociaux par le président américain, dans lequel il menaçait de reprendre les frappes contre l'Iran si aucun accord n'aboutissait. Les représentants iraniens sont finalement revenus, mais l'incident illustre la fragilité des échanges.
Deux dossiers non résolus au cœur des débats
Alors que le mémorandum signé la semaine précédente prévoyait que les soixante jours à venir seraient consacrés aux questions laissées en suspens – au premier rang desquelles le programme nucléaire iranien –, les premiers entretiens ont surtout ressassé des contentieux que l'on croyait réglés. Deux thèmes ont dominé les pourparlers : la mise en œuvre du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah au Liban, ainsi que la libre circulation des navires – et en particulier des pétroliers – dans le détroit d'Ormuz.
Liban : un cessez-le-feu toujours violé
Israël, qui avait lancé les hostilités contre l'Iran aux côtés des États-Unis en février dernier, n'a pas été partie prenante de l'accord préliminaire. Malgré l'appel à un cessez-le-feu contenu dans ce texte, les forces israéliennes et le Hezbollah ont continué à s'attaquer mutuellement ces derniers jours. L'Iran a dénoncé ces frappes israéliennes, ajoutant une couche de tension supplémentaire aux discussions.
Détroit d'Ormuz : une fermeture annoncée, une réalité contestée
En réaction aux attaques israéliennes, Téhéran a annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz, une voie stratégique pour le transport mondial de pétrole, qui avait déjà été perturbée tout au long du conflit, provoquant une flambée des cours. Les responsables américains ont toutefois indiqué que des navires continuaient d'y circuler. Ce désaccord de fait – entre la déclaration iranienne et la constatation américaine – complique la recherche d'une solution pérenne sur le contrôle des voies maritimes.
Le dossier nucléaire toujours en attente
L'accord signé la semaine précédente prévoit que l'Iran dilue ses stocks actuels de matière nucléaire quasi militaire, mais sans préciser ni les modalités de cette dilution, ni si le pays sera désormais empêché d'en produire à l'avenir. Ces questions cruciales, qui devaient être au cœur des négociations des soixante jours, n'ont pas été abordées lors de cette première session, ce qui suscite des interrogations sur la priorisation des discussions.
Une feuille de route sous pression
Les diplomates des pays médiateurs – le Qatar et le Pakistan – doivent désormais tenter de recentrer les débats sur les enjeux nucléaires et les garanties de paix durables, tandis que les deux blocs peinent à s'accorder sur les dossiers censés avoir été résolus. Le climat reste fragile, comme l'a montré l'épisode de la sortie temporaire de la délégation iranienne. La fenêtre de soixante jours, bien qu'ambitieuse, paraît de plus en plus étroite pour surmonter les divergences et transformer un cessez-le-feu inachevé en un véritable traité de paix.