Un rapport d’inspection administrative, remis ce lundi 22 juin à Sébastien Lecornu, pointe des manquements graves dans la prise en charge des alertes autour de l’affaire Lyhanna, cette enfant de 9 ans disparue puis retrouvée morte. Le ministre des Armées a lui-même admis que « la chaîne de protection a failli », lors d’une déclaration où il a reçu les conclusions de l’enquête interne.
Des délais jugés trop longs
Selon les informations disponibles, le document officiel met en cause la lenteur avec laquelle la plainte déposée par la famille a été instruite. Plusieurs services, de la police à la justice, auraient été informés sans qu’aucune mesure de protection ne soit prise dans des délais raisonnables. Les inspecteurs auraient relevé des « délais anormalement longs » entre le dépôt de la plainte et les premières vérifications, ce qui aurait privé l’enfant d’une intervention rapide.
Le rapport s’inscrit dans le cadre des inspections promises par le gouvernement quelques jours après le drame. Sébastien Lecornu, qui avait déjà réuni les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez, avait alors promis des conclusions administratives sous quinze jours. Cette échéance a été tenue avec la remise de ce lundi.
Une reconnaissance publique
Face à la presse, le ministre des Armées a employé une formule forte : « La chaîne de protection a failli. » Cette phrase, reprise par plusieurs responsables politiques, marque une rupture avec les discours prudents tenus jusqu’alors. Le ministre a également indiqué que des « mesures correctives » seraient annoncées prochainement pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.
Cette déclaration intervient dans un climat politique tendu. Le 17 juin, un échange vif avait opposé Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, à Sébastien Lecornu après la minute de silence observée en hommage à Lyhanna. La députée avait dénoncé l’inaction des pouvoirs publics, tandis que le ministre défendait les réformes en cours.
Des réactions politiques divisées
La mère de la jeune victime, Rosa, avait annoncé le 9 juin son intention de déposer une plainte contre l’État pour non-assistance à personne en danger. Cette démarche avait suscité des réactions contrastées : Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, avait alors déploré une « instrumentalisation » du drame, estimant que le dialogue avec les institutions était préférable aux actions judiciaires. Cependant, la famille a toujours affirmé n’avoir reçu aucune écoute de la part des services de l’État avant la disparition de l’enfant.
Les suites attendues
Le rapport d’inspection ne détaille pas les sanctions individuelles, mais plusieurs sources indiquent que des fonctionnaires pourraient faire l’objet de procédures disciplinaires. Sébastien Lecornu a promis une loi intégrale contre les violences sexuelles, dont les contours doivent être précisés dans les prochaines semaines. Par ailleurs, une réunion interministérielle, convoquée dès le 4 juin, avait déjà réuni les responsables de l’Intérieur, de la Justice et des Armées pour coordonner la réponse gouvernementale.
L’affaire Lyhanna, qui a profondément ému l’opinion publique, a mis en lumière les failles du système de protection de l’enfance en France. Le rapport d’inspection de ce lundi constitue une étape clé dans la recherche des responsabilités, mais les attentes des proches de la victime et des associations restent immenses.