Le contexte inflationniste a rebattu les cartes des aspirations professionnelles en France. Alors qu'en 2022 une majorité de salariés témoignait d'une préférence pour davantage de temps libre, quitte à gagner moins, ce rapport s'est inversé. Une étude de la fondation Travailler autrement, menée en partenariat avec le Diot-Siaci Institute et l'Ifop, révèle que 39 % seulement des salariés déclarent aujourd'hui privilégier le temps libre au détriment d'un salaire plus élevé. Ce taux marque un retour au niveau observé avant la crise financière de 2008.
L'enquête a été conduite auprès de 1 000 salariés et 468 dirigeants. Elle indique que 87 % des salariés placent désormais une augmentation de leur rémunération globale parmi leurs deux premières priorités. L'aspiration à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle arrive en seconde position, mais avec un écart considérable : seulement 16 % des personnes interrogées la citent comme priorité.
Un décalage de perception entre employeurs et employés
L'étude met en lumière une divergence d'appréciation entre les deux côtés de la table. 89 % des dirigeants interrogés estiment que la rémunération versée permet aux collaborateurs de subvenir à leurs besoins essentiels ainsi qu'à ceux de leur famille. Parmi eux, 41 % jugent que cela est « tout à fait » le cas. En revanche, seuls 63 % des salariés partagent cet avis, et moins d'un sur cinq estime que cette condition est pleinement remplie.
La satisfaction varie fortement selon les catégories socio-professionnelles. Les cadres sont les plus nombreux à se déclarer satisfaits de leur rémunération : 81 % d'entre eux jugent leur salaire juste. Ce taux monte même à 98 % chez ceux qui perçoivent plus de 4 000 euros par mois. Les employés sont les moins satisfaits : à peine la moitié d'entre eux estime recevoir une rémunération équitable. Les professions intermédiaires se montrent les plus enclines à troquer du temps libre pour davantage d'argent (69 %), devant les ouvriers (63 %) et les employés (60 %). Les cadres sont plus partagés : 51 % seulement feraient ce choix.
Des outils complémentaires pour les employeurs
Face à la pression salariale et à des marges de manœuvre budgétaires souvent limitées, les employeurs peuvent recourir à des dispositifs alternatifs. L'extension de la couverture par une complémentaire santé à l'ensemble de la famille est la mesure la plus fréquemment citée par les dirigeants, évoquée par 84 % d'entre eux. Viennent ensuite diverses primes, telles que les primes d'ancienneté, de partage de la valeur ou de travail de nuit.
L'étude souligne également que près des deux tiers des salariés estiment que leur rémunération globale correspond à la situation du marché du travail actuel sur leur poste. Ce sentiment varie de 56 % chez les employés à 72 % chez les cadres. En revanche, ils sont moins nombreux (57 %) à juger leur rémunération en adéquation avec leurs résultats, leur contribution à l'entreprise ou leur expérience.
Ce retour en force des revendications salariales marque une rupture nette avec la période post-Covid, où les aspirations au temps libre et à un meilleur équilibre de vie avaient dominé. L'inflation et la hausse du coût de la vie semblent avoir recentré les priorités des salariés sur le pouvoir d'achat.