À moins d'un an du premier tour, Jean-Luc Mélenchon affine son offre politique en direction des électeurs sensibles aux questions environnementales. Dans une intervention récente, le chef de file de La France insoumise a détaillé sa proposition de découpage du territoire national en « écorégions », des entités géographiques définies par leurs caractéristiques écologiques, climatiques et agronomiques. L'objectif affiché est de substituer une logique d'action locale et pragmatique à ce qu'il considère comme un « principe de précaution trop abstrait ».

Selon son exposé, chaque écorégion serait dotée de compétences propres en matière d'aménagement du territoire, de gestion de l'eau, de transition agricole ou encore d'urbanisme. Les règles à appliquer varieraient en fonction des réalités du terrain – une approche qui, pour le candidat, permettrait de sortir des dogmes nationaux jugés inadaptés aux spécificités locales. Il oppose ainsi une « règle d'action » concrète, fondée sur des données scientifiques et des consultations régionales, à une vision qu'il estime trop centralisatrice et inefficace.

Une sortie assumée du principe de précaution.

Cette prise de position marque une inflexion dans le discours du leader de la gauche radicale. Alors que le principe de précaution est inscrit dans la Constitution depuis 2005 et souvent défendu par les associations écologistes, Jean-Luc Mélenchon le juge désormais trop « flou » et générateur d'immobilisme. Il préfère évoquer une « règle d'action » qui imposerait aux décideurs de démontrer rapidement la faisabilité et l'innocuité de tout projet, sous peine de le voir suspendu. Une manière, selon lui, de concilier urgence climatique et nécessité de projets concrets.

Une passe d'armes avec la droite sénatoriale.

Dans le même temps, le candidat a vivement critiqué le sénateur LR Duplomb, dont il n'a pas cité le prénom. Il a accusé ce dernier de défendre une vision « productiviste et archaïque » de l'agriculture, en opposition frontale avec son propre projet d'écorégions. Les échanges, rapportés par des participants, ont viré à l'affrontement verbal, témoignant de la polarisation du débat sur l'environnement en cette campagne présidentielle. Duplomb, de son côté, a dénoncé une « écologie punitive » et une « centralisation déguisée ».

Une stratégie de captation de l'électorat écologiste.

Au-delà des annonces conceptuelles, ce discours s'inscrit dans une stratégie électorale claire : attirer les électeurs et les militants écologistes, en particulier ceux qui pourraient être tentés par une candidature autonome des Verts. Jean-Luc Mélenchon se présente comme le seul à pouvoir porter une écologie « de rupture », capable de se confronter aux intérêts économiques et agricoles établis. Il promet de faire des écorégions le socle d'une « nouvelle République territoriale », où la transition écologique serait déclinée à l'échelle des bassins de vie.

Pour l'heure, le projet n'a pas été chiffré ni soumis à une évaluation d'impact. Ses détracteurs y voient une usine à gaz bureaucratique, tandis que ses partisans louent une approche novatrice, inspirée de modèles étrangers comme la régionalisation environnementale allemande ou la gestion des bassins versants en Espagne. Reste à savoir si cette proposition parviendra à convaincre au-delà du noyau dur de l'électorat insoumis, alors que les sondages placent Jean-Luc Mélenchon dans un mouchoir de poche avec d'autres candidats de gauche.