L'audience qui s'achève ce jeudi au tribunal judiciaire de Marseille marque un tournant dans la lutte contre le narcotrafic sur la cité phocéenne. Félix Bingui, alias « le Chat », considéré par l’accusation comme la figure de proue du clan Yoda, a été condamné à douze années d’emprisonnement. Cet homme, soupçonné d’être le principal animateur d’un réseau de stupéfiants rival de la DZ Mafia, comparaissait aux côtés de dix-neuf autres prévenus, dont certains sont également reconnus coupables de participation à une association de malfaiteurs ou de blanchiment d’argent.
Le verdict est tombé après plusieurs semaines de débats. Les magistrats ont suivi en partie les réquisitions du parquet, qui avait demandé seize ans de prison ferme assortis d’une amende de 500 000 euros. L’avocat de Félix Bingui, interrogé à l’issue de l’audience, a immédiatement dénoncé ce qu’il qualifie de « réquisitoire politique » et a annoncé son intention de faire appel. « Nous contestons la qualification des faits. Ce dossier repose sur des présomptions, pas sur des preuves tangibles », a-t-il déclaré à la sortie de la salle d’audience.
Des peines allant jusqu’à six ans pour d’autres prévenus
Outre la peine infligée à Félix Bingui, plusieurs complices présumés écopent de sanctions sévères. L’un de ses lieutenants, présenté par l’accusation comme le bras droit du clan, écope de six années de prison. Un autre prévenu, ayant joué un rôle logistique, est condamné à quatre ans. La plupart des peines sont assorties d’une période de sûreté. Le tribunal a également ordonné la confiscation des véhicules et des biens saisis lors de l’enquête, ainsi que des amendes.
Les faits jugés remontent à la période 2020-2024, pendant laquelle le clan Yoda, implanté dans les quartiers nord de Marseille, aurait contrôlé plusieurs points de deal et participé à une guerre des gangs meurtrière. Selon les éléments présentés à l’audience, les trafics auraient généré plusieurs millions d’euros, blanchis via des sociétés écrans et des investissements immobiliers. Les enquêteurs ont mis au jour un système complexe de caisse noire et de versements réguliers aux familles des membres emprisonnés.
La défense dénonce un procès politique
Depuis le début du procès, la défense critique la stratégie du parquet. Les avocats de Félix Bingui estiment que leur client est victime d’une instrumentalisation judiciaire dans un contexte de pression médiatique et politique sur la délinquance à Marseille. « On fait un procès d’intention, pas un procès sur des faits », a martelé l’un d’eux lors des plaidoiries. Ils pointent notamment l’absence de preuves directes, comme des photos de transaction ou des écoutes téléphoniques compromettantes, et s’appuient sur le fait que leur client n’a jamais été interpellé en flagrant délit.
Le parquet, de son côté, estime disposer d’un faisceau d’indices suffisamment cohérent pour étayer l’accusation. Il s’appuie notamment sur les témoignages de plusieurs repents et sur l’analyse des flux financiers. La procureure a rappelé lors de son réquisitoire que « le clan Yoda est l’un des plus violents et des plus structurés de Marseille », et que « la lutte contre ces réseaux nécessite une réponse pénale ferme ».
Un appel déjà annoncé
Félix Bingui, qui conteste les faits depuis le début, a annoncé par la voix de son conseil qu’il ferait appel de la décision. La procédure en appel pourrait durer plusieurs mois, voire plus d’un an. En attendant, l’homme reste incarcéré, comme la plupart des condamnés. Les avocats des autres prévenus ont également indiqué qu’ils étudient la possibilité d’interjeter appel.
Ce procès s’inscrit dans une série de dossiers visant à démanteler les réseaux de stupéfiants marseillais. Après le procès du clan Yoda, plusieurs autres affaires sont attendues dans les mois à venir. Les enquêteurs espèrent ainsi fragiliser durablement les structures criminelles qui gangrènent une partie de la ville.
Le contexte de la guerre des gangs
Le clan Yoda est l’un des principaux protagonistes de la guerre des gangs qui ensanglante Marseille depuis 2020. Cette rivalité meurtrière avec la DZ Mafia a fait plusieurs dizaines de victimes, dont des victimes collatérales. Les règlements de comptes, souvent liés à des conflits territoriaux sur les points de deal, se sont multipliés, suscitant une forte émotion dans l’opinion publique et une mobilisation des autorités. Les peines prononcées ce jeudi visent à envoyer un signal fort aux trafiquants, mais la défense estime que la justice doit rester impartiale et fondée sur des preuves solides.