Le procès du clan Yoda s’achève devant le tribunal correctionnel de Marseille. Après trois semaines d’audience, les réquisitions du ministère public ont été prononcées la semaine dernière : seize années de réclusion criminelle et 500 000 euros d’amende ont été demandés contre Félix Bingui, considéré comme la tête de ce réseau de narcotrafiquants. Mais les avocats de la défense sont montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « réquisitoire politique ».

Des réquisitions particulièrement lourdes

Félix Bingui, âgé d’une trentaine d’années, comparaît avec dix-neuf autres prévenus. Ils répondent de faits de trafic de stupéfiants, d’association de malfaiteurs et de blanchiment d’argent. Le parquet a bâti un dossier tentaculaire, s’appuyant sur des écoutes téléphoniques, des filatures et des saisies de drogue et d’armes. Les réquisitions prononcées à son encontre sont parmi les plus sévères jamais demandées dans une affaire de trafic à Marseille.

Pour les autres membres présumés du clan, les peines requises s’échelonnent de quelques années à une quinzaine d’années d’emprisonnement, assorties d’amendes et de confiscations. Le parquet a également requis le placement sous contrôle judiciaire ou le maintien en détention pour plusieurs prévenus.

La défense contre-attaque

Maître Philippe Ohayon, conseil de Félix Bingui, a vivement critiqué la position du ministère public. « Ce réquisitoire est politique », a-t-il déclaré à l’audience, estimant que la pression médiatique et les enjeux sécuritaires à Marseille influencent la justice. Plusieurs autres avocats de la défense ont repris cette analyse, affirmant que le parquet cherche à faire un exemple dans un contexte de lutte contre les narcotrafiquants marseillais.

Ils ont pointé des faiblesses dans l’enquête, notamment l’absence de preuves directes reliant certains prévenus aux faits les plus graves. La défense conteste également la qualification d’association de malfaiteurs, jugée trop large.

Un contexte de violence urbaine

Le clan Yoda est l’une des organisations criminelles les plus actives de Marseille. Il est accusé d’avoir alimenté un trafic de stupéfiants dans les quartiers nord de la ville, générant des millions d’euros de bénéfices. Plusieurs règlements de comptes meurtriers ont été attribués à ce réseau, attisant les tensions dans la cité phocéenne.

Le procès, qui s’est tenu dans une salle spécialement aménagée, a été marqué par une sécurité renforcée. Les débats ont été suivis avec attention par les familles des prévenus et les victimes collatérales du trafic.

Verdict attendu ce vendredi

La décision des juges doit être rendue ce vendredi 5 juin. Si la défense espère des peines plus clémentes, le parquet a déjà annoncé qu’il ferait appel en cas de relaxe ou de condamnations jugées trop légères. L’issue de ce procès est scrutée comme un test de la détermination de la justice à lutter contre le narcobanditisme à Marseille.

En attendant, les avocats continuent de plaider l’acquittement pour plusieurs de leurs clients, dénonçant une « surpénalisation » du phénomène des bandes. La réponse du tribunal sera décisive pour l’avenir des vingt prévenus et, plus largement, pour la politique pénale menée dans les Bouches-du-Rhône.