Le parquet de Marseille a demandé, lundi, une peine de seize années de réclusion criminelle et une amende de 500 000 euros à l'encontre de Félix Bingui, figure centrale du dossier dit « du clan Yoda ». Cette réquisition, prononcée devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, intervient alors que le procès de ce vaste réseau de trafic de stupéfiants est entré dans sa troisième semaine d'audience.
Félix Bingui, 42 ans, est considéré par l'accusation comme l'un des principaux organisateurs d'un trafic qui aurait généré des millions d'euros dans les cités marseillaises, notamment dans les quartiers nord. Les réquisitions du procureur s'appuient sur une instruction longue de plusieurs années, durant laquelle les enquêteurs ont mis au jour un système structuré, avec des « nourrices », des guetteurs et des réseaux de blanchiment.
Le bras droit présumé se défend
Quelques jours plus tôt, le principal lieutenant présumé de Félix Bingui, jugé dans la même affaire, avait tenté de minimiser son rôle. À la barre, il avait déclaré : « Il y a d'autres Pirates à Marseille », en référence au surnom donné à l'organisation Crim' – les Pirates. Il a vigoureusement contesté être le numéro deux du clan. Selon son avocat, son client n'a jamais participé aux décisions stratégiques du trafic et n'était qu'un simple exécutant.
Ces déclarations contredisent les éléments versés au dossier, qui le présentent comme un intermédiaire clé entre les fournisseurs et les équipes de rue. La défense a cependant dénoncé des « accusations sans preuves matérielles » et a plaidé pour une requalification des faits.
Un procès hors norme
Ce dossier, l'un des plus volumineux jamais traités par la juridiction marseillaise, implique une vingtaine de prévenus, dont plusieurs sont toujours en fuite. L'audience, prévue pour durer plusieurs semaines, doit encore entendre les témoins et les experts avant que les avocats ne présentent leurs plaidoiries. Le verdict est attendu pour la mi-juillet.
La peine maximale encourue pour trafic de stupéfiants en bande organisée peut aller jusqu'à la perpétuité. La réquisition de seize ans, assortie d'une amende de 500 000 euros, est considérée comme sévère mais en dessous du maximum. Le parquet a également demandé la confiscation des biens saisis, estimés à plusieurs centaines de milliers d'euros.
Les proches de Félix Bingui, présents dans la salle d'audience, sont restés silencieux. La décision de la cour est attendue avec attention dans les cités marseillaises, où le nom du clan Yoda alimente les conversations depuis des années.