L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a dévoilé ce lundi ses nouvelles projections démographiques pour la France à l'horizon 2070. Selon ces travaux, le pays devrait connaître une évolution inédite : après avoir atteint un maximum de 69,8 millions d'habitants en 2037, la population entamera un déclin progressif pour s'établir à 65,9 millions en 2070, soit une perte de 3,2 millions de personnes par rapport au chiffre actuel de 69,1 millions. Cette baisse marquerait la première période de décroissance démographique en France depuis la Seconde Guerre mondiale, hors conflit armé.
Un déficit naturel bientôt déterminant
Depuis 2025, la France enregistre un déficit naturel – davantage de décès que de naissances –, une situation qui devrait perdurer. Jusqu'en 2037, l'institut estime que ce déficit sera compensé par un solde migratoire positif, permettant une légère croissance. Mais au-delà de cette échéance, la diminution naturelle de la population ne sera plus contrebalancée et la courbe s'inversera durablement. L'Insee a fondé ses prévisions sur trois hypothèses principales : une espérance de vie atteignant 89,5 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes, un solde migratoire net d'environ 150 000 personnes par an, et un taux de fécondité stabilisé à 1,45 enfant par femme dès 2028. Ce dernier chiffre est en recul par rapport au taux de 1,53 observé en 2025.
Vieillissement marqué et forte progression du nombre de centenaires
Le vieillissement de la population constitue l'autre tendance majeure de ces projections. D'ici 2070, le nombre de résidents de moins de 45 ans chuterait de 8,9 millions, tandis que la tranche des 45-64 ans resterait quasi stable. En revanche, la catégorie des 65 ans et plus augmenterait de 5,8 millions, portée essentiellement par les 80 ans et plus (+4,6 millions) et par une multiplication par quatre du nombre de centenaires, qui passerait de 37 000 actuellement à 160 000 en 2070. Ainsi, près d'un habitant sur trois aurait plus de 65 ans à cette échéance.
Un rapport de dépendance en forte hausse
Les conséquences de ce vieillissement se mesurent également à travers le rapport de dépendance démographique. En 2026, on compte 40 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans. Selon l'Insee, ce ratio grimperait à 49 en 2040 avant d'atteindre 62 en 2070, illustrant la pression accrue sur la population en âge de travailler.
Une baisse de la fécondité revue à la baisse
Ces projections actualisent celles réalisées en 2021. L'institut a notamment révisé à la baisse le solde migratoire attendu, en lien avec les mesures politiques de limitation de l'immigration, ainsi que le taux de fécondité. « Il y a une tendance générale, en tout cas européenne, à une baisse de la fécondité », a commenté Loup Wolff, responsable de l'unité des études démographiques et sociales de l'Insee. Ce mouvement, amorcé depuis plusieurs années, devrait donc se poursuivre et s'accentuer dans les décennies à venir.