Une population en repli pour la première fois depuis près d’un siècle

Selon les dernières projections de l’Insee, la France métropolitaine et les départements d’outre-mer compteraient 65,9 millions d’habitants en 2070, contre environ 69,1 millions aujourd’hui. Soit une perte nette de 3,2 millions de personnes sur un demi-siècle. La croissance démographique, portée jusqu’ici par un solde migratoire positif, continuerait de progresser jusqu’en 2037, où un pic de 69,8 millions serait atteint. Passé ce cap, le nombre d’habitants entamerait un déclin inédit en dehors des périodes de conflit majeur, en raison d’un déficit naturel persistant : dès 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances, une situation qui n’avait jamais été observée en l’absence de guerre.

Le vieillissement s’accentue : un tiers de la population au-delà de 65 ans

L’un des enseignements les plus marquants de l’étude concerne le bouleversement de la pyramide des âges. Le nombre de personnes âgées de moins de 45 ans diminuerait de 8,9 millions d’ici 2070, tandis que la tranche des 45-64 ans resterait quasi stable. À l’inverse, les 65 ans et plus gagneraient 5,8 millions d’individus, dont une large part de très âgés : le nombre de personnes de 80 ans ou plus augmenterait de 4,6 millions, et celui des centenaires serait multiplié par quatre, passant de 37 000 à environ 160 000.

Le rapport de dépendance, qui mesure le nombre de seniors face à la population en âge de travailler, serait profondément modifié. En 2026, on comptait 40 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans. Ce ratio grimperait à 49 en 2040, puis à 62 en 2070. Ainsi, près d’un habitant sur trois aurait plus de 65 ans dans quarante-cinq ans.

Les ressorts de la décroissance : fécondité en berne et migrations stables

Pour construire ces projections, les experts de l’institut ont retenu plusieurs hypothèses. L’espérance de vie atteindrait 89,5 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes. Le solde migratoire annuel serait maintenu autour de 150 000 entrées nettes. Mais c’est surtout le taux de fécondité qui pèse sur la dynamique : fixé à 1,53 enfant par femme en 2025, il est projeté à 1,45 dès 2028, puis stabilisé à ce niveau. Loup Wolff, responsable de l’Unité des études démographiques et sociales de l’Insee, a souligné que cette baisse s’inscrit « dans une tendance générale, en tout cas européenne », observée chez la plupart des voisins du continent.

Ces prévisions, actualisées tous les cinq ans, ont été revues à la baisse par rapport à l’exercice précédent de 2021. Les évolutions législatives visant à encadrer les flux migratoires et la chute continue de la natalité expliquent ce réajustement.

Des défis inédits pour les politiques publiques

Ce scénario dessine une société française profondément transformée. Le vieillissement massif pose la question du financement des retraites, des systèmes de santé et de la dépendance, alors que le nombre d’actifs diminue en proportion. La baisse du nombre de jeunes pourrait entraîner une recomposition du tissu scolaire et universitaire, ainsi qu’une pression accrue sur les métiers du soin. À l’échelle des territoires, certaines régions pourraient voir leur population décliner plus fortement que d’autres, tandis que les zones urbaines déjà attractives concentreraient une part encore plus grande des habitants.

L’Insee rappelle que ces projections ne constituent pas des prédictions mais des simulations fondées sur des hypothèses stables. Toute modification de la politique familiale, migratoire ou sanitaire est susceptible de modifier la trajectoire. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le pays se prépare toutefois à vivre une ère de décroissance démographique.