La France va devoir s’habituer à une réalité démographique inédite : après des décennies de croissance continue, sa population devrait amorcer un recul à partir de 2037, une évolution qui n’a pas d’équivalent depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon les dernières projections de l’Insee, diffusées ce lundi 8 juin, le nombre d’habitants dans l’Hexagone atteindrait un pic à 69,8 millions vers le milieu des années 2030, avant de décliner progressivement pour s’établir à 65,9 millions en 2070. Cela représenterait une diminution de 3,2 millions de personnes par rapport aux 69,1 millions recensés au 1er janvier 2026.
Les ressorts d’un retournement
Ce scénario, qualifié de « central » par l’institut de la statistique, repose sur une combinaison de facteurs. D’une part, le déficit naturel – l’écart entre les naissances et les décès – est devenu négatif depuis 2025. D’autre part, la fécondité poursuit sa chute : le taux devrait passer de 1,53 enfant par femme en 2025 à 1,45 dès 2028, un seuil historiquement bas. Le solde migratoire, estimé à 150 000 entrées nettes par an, ne suffira plus à compenser ce déséquilibre à partir de 2037. Loup Wolff, responsable de l’Unité des études démographiques et sociales de l’Insee, a souligné que « il y a une tendance générale, en tout cas européenne, à une baisse de la fécondité ».
L’exercice de projection, réalisé tous les cinq ans, a été revu à la baisse par rapport à la précédente édition de 2021, tant en matière de solde migratoire, compte tenu des restrictions politiques, que de fécondité, en raison de l’effondrement enregistré ces dernières années.
Un vieillissement marqué
Parallèlement, la structure par âge se transforme radicalement. En 2070, près d’un habitant sur trois aurait plus de 65 ans, contre environ un sur cinq aujourd’hui. Le nombre de personnes de 65 ans et plus augmenterait de 5,8 millions, tandis que celui des moins de 45 ans baisserait de 8,9 millions. La progression serait particulièrement forte chez les plus âgés : les 80 ans et plus gagneraient 4,6 millions d’individus, et le nombre de centenaires serait multiplié par quatre, passant de 37 000 actuellement à 160 000 en 2070.
Le rapport de dépendance des seniors, qui mesure le nombre de personnes âgées de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, passerait de 40 en 2026 à 49 en 2040, puis à 62 en 2070. Cette évolution aura des conséquences majeures sur les systèmes de retraite, de santé et de protection sociale.
Un avenir contrasté selon les régions
L’Insee prévoit que les disparités régionales s’accentueront : certaines zones littorales et métropolitaines pourraient encore gagner des habitants, tandis que d’autres territoires, notamment ruraux et industriels, verraient leur population se réduire fortement. L’institut publiera ultérieurement des projections détaillées à l’échelle régionale.
Ces chiffres, bien que fondés sur des hypothèses fragiles – espérance de vie portée à 89,5 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes, solde migratoire stable –, dessinent les contours d’une France plus âgée, moins peuplée et structurellement transformée à l’horizon 2070. La question des politiques publiques à mettre en œuvre pour anticiper ce choc démographique s’impose désormais dans le débat national.