Le Sénat a entamé l’examen d’une proposition de loi portant sur la réparation des préjudices causés aux « enfants de la Creuse », ces mineurs réunionnais qui furent déplacés de force vers la France métropolitaine entre 1963 et 1982. Ce texte, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, vise à reconnaître la responsabilité de l’État dans ce que certains qualifient de « déportation administrative ».
Un dispositif de réparation historique
La proposition de loi prévoit la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes ou leurs ayants droit, ainsi que la mise en place d’une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ces transferts. Elle instaure également un volet mémoriel, avec l’édification d’un mémorial dédié à La Réunion. Les débats sénatoriaux s’annoncent particulièrement vifs, plusieurs élus ayant déjà exprimé leur souhait d’amender le texte, notamment sur le montant des réparations.
Un phénomène longtemps occulté
Entre 1963 et 1982, environ 2 015 enfants réunionnais, âgés de quelques mois à 14 ans, furent envoyés dans des départements métropolitains, principalement la Creuse, dans le cadre d’une politique de repeuplement des campagnes françaises. Placés dans des familles d’accueil ou des institutions, beaucoup subirent maltraitances, exploitation et perte de leurs racines et de leur langue. Le terme « enfants de la Creuse » désigne collectivement ces victimes.
Des réactions contrastées
Du côté des associations de victimes, l’examen de cette proposition de loi est salué comme une « avancée historique », même si certains jugent les montants envisagés insuffisants. Le président de l’une des principales associations a déclaré : « Nous nous battons depuis des décennies pour que la République reconnaisse sa faute. Ce texte est une étape, mais il ne devra pas être vidé de sa substance. » À l’inverse, plusieurs sénateurs ont fait valoir des réserves d’ordre budgétaire, estimant que le coût total des réparations pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d’euros.
La proposition de loi devrait être soumise au vote dans les prochains jours. Si elle est adoptée, elle marquera une reconnaissance officielle par l’État français des souffrances endurées par ces enfants.