Le Sénat a entamé l'examen d'une proposition de loi portant réparation pour les « enfants de la Creuse », ces jeunes Réunionnais déplacés de force vers la France métropolitaine dans les années 1960. Ce texte, présenté comme une étape historique par ses promoteurs, vise à reconnaître la responsabilité de l'État dans ce que certains parlementaires qualifient de « transplantation » forcée.
La proposition de loi prévoit un dispositif d'indemnisation pour les victimes encore vivantes ainsi qu'une reconnaissance officielle du préjudice subi. Des auditions de personnes concernées et d'experts ont eu lieu en amont de la séance, permettant de documenter les traumatismes vécus par ces enfants, séparés de leurs familles et envoyés dans des départements ruraux, notamment dans la Creuse.
Un dossier qui refait surface après des décennies d'oubli
Cette politique, menée entre 1962 et 1984 sous couvert de repeuplement de régions françaises dépeuplées, a concerné environ 2 000 enfants réunionnais. Placés dans des familles d'accueil ou des institutions, beaucoup ont subi des conditions de vie difficiles, des violences et une perte d'identité culturelle. Plusieurs associations de victimes se mobilisent depuis des années pour obtenir justice.
L'initiative parlementaire a été saluée par des élus de tous bords, certains y voyant « un jour qui marquera à jamais l'histoire de notre pays ». Les débats ont mis en lumière les lacunes des précédentes tentatives de réparation, notamment l'absence de reconnaissance juridique claire de la responsabilité de l'État.
Un vote attendu dans les prochains jours
Le texte, porté par des sénateurs de plusieurs groupes politiques, devrait être soumis au vote dans les jours à venir. En cas d'adoption, il ouvrirait la voie à une indemnisation individuelle et à la création d'un fonds dédié. Le gouvernement n'a pas encore pris position officiellement, mais des sources proches du dossier évoquent des discussions en cours.
Les associations de victimes, qui suivent les débats depuis les tribunes du Sénat, espèrent que cette proposition aboutira à une reconnaissance définitive. « C'est une question de dignité, a déclaré un porte-parole. Ces enfants ont été volés, il est temps que la République assume. »
Un précédent dans l'histoire des réparations
Si le texte est adopté, il s'agirait d'une première en France pour une politique de peuplement forcé impliquant des mineurs. Des précédents existent dans d'autres pays, notamment pour les enfants des pensionnats autochtones au Canada ou les « stolen generations » en Australie. La proposition de loi s'inspire en partie de ces modèles, tout en les adaptant au contexte réunionnais.