L'intelligence artificielle transforme en profondeur le recrutement, mais suscite une méfiance croissante parmi les professionnels des ressources humaines. Une enquête menée par OpinionWay pour Tellent, dévoilée ce 18 juin 2026, indique que 73 % des recruteurs estiment que l'IA biaise le processus de sélection. L'étude, réalisée en mai 2026 auprès de 557 recruteurs français, dresse un tableau contrasté d'un secteur partagé entre l'adoption de l'outil et la crainte de ses effets sur l'évaluation des candidatures.

Une standardisation des profils redoutée

Selon l'enquête, 82 % des recruteurs considèrent que l'IA tend à uniformiser les profils des candidats, rendant leur différenciation de plus en plus difficile. Les lettres de motivation sont mieux rédigées, les CV intègrent les mots-clés adaptés à chaque entreprise, mais cette amélioration apparente se fait au détriment de la singularité. « De plus en plus de candidats utilisent l'IA. On voit de très belles lettres de motivation, bien écrites, de beaux CV, adaptés à chaque type d'entreprise. Et les recruteurs trouvent que tout s'uniformise », explique Joanna Dumas, directrice de la communication de Tellent. Ce phénomène conduit à une « déshumanisation des premières étapes de sélection », selon les termes de l'étude.

Une méfiance aux multiples facettes

La défiance va au-delà de la simple uniformisation. Parmi les recruteurs interrogés, 27 % redoutent une perte d'authenticité dans les échanges avec les candidats, 26 % craignent de passer à côté de bons profils noyés dans un volume de dossiers trop important, et 25 % pointent leur incapacité à discerner les vraies compétences derrière un dossier parfaitement poli. Pour un recruteur sur quatre, l'IA rend ainsi plus difficile l'identification du talent réel.

L'IA pourtant adoptée par les recruteurs

Paradoxalement, alors que l'IA est perçue comme un facteur de biais, elle est également jugée utile par une majorité de professionnels. L'étude révèle que 69 % des recruteurs estiment qu'une IA intégrée à leurs propres outils est désormais utile, dont 56 % pour la préparation des offres et le sourcing, et 50 % pour le tri automatique des dossiers. L'adoption de l'intelligence artificielle par les services RH semble donc inéluctable, même si elle suscite des interrogations sur la fiabilité des candidatures reçues.

Une nouvelle donne pour les candidats et les recruteurs

L'enquête met en lumière un défi inédit pour le marché du travail français. Les recruteurs doivent désormais composer avec des candidatures « augmentées » par l'IA, qui rendent plus complexes les premières étapes de sélection. Dans ce contexte, certains professionnels expriment leur crainte de ne plus pouvoir évaluer avec justesse les compétences réelles des postulants, tandis que d'autres appellent à ne pas se fier aveuglément à l'outil. L'étude de Tellent suggère que le monde du recrutement est à un tournant, où l'IA, tout en étant un atout pour les DRH, devient aussi une source de biais qu'il faut apprendre à maîtriser.