L'intelligence artificielle (IA) s'immisce progressivement dans les processus de recrutement des entreprises françaises, en particulier dans les PME, où elle est utilisée comme un assistant pour trier et présélectionner les candidatures. Cette tendance, encore discrète, s'accélère grâce à des outils toujours plus performants.
Selon une étude récente de l'APEC, 7 % des PME interrogées ont eu recours à l'IA pour recruter des cadres en 2025, contre 4 % l'année précédente. Par ailleurs, 12 % d'entre elles projettent d'en faire usage dans un avenir proche, contre 10 % un an plus tôt. Ces chiffres témoignent d'une progression lente mais régulière, qui pourrait s'intensifier dans les mois à venir.
Au-delà du seul cadre des PME, une enquête menée par Hellowork et publiée en novembre 2025 révèle que 78 % des recruteurs utilisent désormais l'IA dans le cadre de leur métier, contre seulement 39 % en 2024. Cette augmentation spectaculaire est portée par la montée en puissance d'outils développés par des entreprises comme Anthropic, avec son produit phare Claude. Un responsable d'une ETI du secteur du service à la personne, également président de la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises, a indiqué que son entreprise a mis en place une présélection des candidats par le biais d'un agent IA téléphonique, suivie d'entretiens classiques. Il a souligné que dans son secteur, où le volume de candidatures est important, l'usage de l'IA apporte une réelle valeur ajoutée. Il a également mentionné avoir vu un dirigeant utiliser ces outils pour scanner l'ensemble des profils sur un réseau professionnel en rapport avec une offre d'emploi, afin d'envoyer des messages de prospection.
Un outil d'appoint, pas un substitut
Si l'IA se répand dans les pratiques de recrutement, elle ne remplace pas encore les ressources humaines. Emmanuelle Germani, vice-présidente de l'Association nationale des DRH, a tempéré les craintes d'une substitution totale. Selon elle, il est intéressant de confier une partie des tâches à l'IA pour se concentrer sur des activités à plus haute valeur ajoutée, mais le temps gagné doit permettre d'accorder de la réflexion. Elle a insisté sur le fait que l'IA ne fait rien toute seule et qu'il est indispensable de garder son esprit critique pour l'utiliser efficacement.
Dans les petites entreprises, où les services RH sont parfois réduits ou inexistants, la tentation de s'en remettre entièrement à ces outils est forte. Certaines passent par des cabinets de recrutement qui, eux-mêmes, ont recours à l'IA sans nécessairement le signaler. Michel Picon, à la tête de l'Union des entreprises de proximité (U2P), a ironisé sur le fait que dans une petite entreprise, le dirigeant, souvent débordé, peut être satisfait d'un recrutement réussi sans savoir si le cabinet a utilisé l'IA.
Des cabinets de recrutement formés aux technologies
De nombreux cabinets de recrutement ont formé leurs consultants aux ATS (Applicant Tracking Systems), des outils qui trient automatiquement les candidatures à l'aide de mots-clés. Nicolas Guillaume, de LHH, une filiale du groupe Adecco, a expliqué que son entreprise a choisi de se plonger dans cet univers il y a trois ans. Il a précisé que l'IA aide à cibler les candidatures sur une base de deux millions de profils ou celles reçues, car il est préférable de filtrer les profils qui ne correspondent pas plutôt que de traiter des centaines de CV un par un.
Cette évolution, bien qu'encore discrète, dessine les contours d'un futur où l'IA jouera un rôle central dans le recrutement, mais où le jugement humain restera essentiel pour les décisions finales. Les entreprises devront trouver un équilibre entre l'efficacité apportée par les algorithmes et la nécessité de préserver des relations humaines de qualité.