Ce lundi marque un tournant dans la prise en charge de l’obésité en France : les médicaments Wegovy et Mounjaro, jusqu’alors non remboursés, sont désormais couverts par l’Assurance maladie. Cette décision, officialisée par les autorités sanitaires, suscite une mobilisation des centres spécialisés, qui anticipent une augmentation significative du nombre de patients.
Un dispositif encadré par la Haute Autorité de santé
La prise en charge de ces traitements, destinés aux personnes souffrant d’obésité sévère, s’inscrit dans le cadre d’un avis rendu par la Haute Autorité de santé (HAS). Celle-ci a fixé des conditions strictes : les prescriptions devront être réalisées par des médecins spécialistes exerçant au sein de structures dédiées, comme les centres hospitaliers universitaires (CHU) ou les centres spécialisés de l’obésité (CSO). Les patients devront également justifier d’un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 35 kg/m², associé à au moins une complication liée au surpoids, ou d’un IMC supérieur à 40 kg/m².
Les professionnels de santé saluent une avancée, mais soulignent les défis logistiques à relever. « Nous allons devoir organiser des files d’attente et prioriser les urgences », explique le docteur Philippe Cornet, endocrinologue au CHU de Lyon. « Les demandes affluent déjà depuis l’annonce du remboursement. »
Un afflux attendu dans les centres de soins
Plusieurs établissements ont déjà commencé à adapter leur organisation. À Paris, l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a mis en place des consultations supplémentaires dédiées à l’obésité. « Nous avons reçu des centaines d’appels la semaine dernière », indique le professeur Karine Clément, responsable du service de nutrition. « Certains patients nous disent qu’ils attendent ce remboursement depuis des années. »
Dans les régions, des centres comme celui de Lille ou de Marseille ont également signalé une hausse des sollicitations. Le docteur Jean-Michel Delzenne, coordinateur du CSO de Lille, précise : « Nous avons déjà programmé des sessions d’information collectives pour désengorger les consultations individuelles. »
Des inquiétudes sur les capacités d’accueil
Si l’enthousiasme est palpable, des craintes émergent quant à la saturation du système. Selon le Collège des enseignants de nutrition, environ 4 millions de personnes en France pourraient être éligibles à ces traitements. Or, les centres spécialisés ne totalisent qu’environ 200 structures sur l’ensemble du territoire, avec des capacités limitées.
« Le risque est que les délais d’attente s’allongent considérablement », alerte le professeur Sébastien Czernichow, président de la Société française de l’obésité. « Il faudra aussi former davantage de médecins à la prescription de ces molécules, car elles nécessitent un suivi rigoureux. »
Un coût pour l’Assurance maladie
Le remboursement de Wegovy et Mounjaro représente également un enjeu financier. Les deux médicaments, produits respectivement par Novo Nordisk et Eli Lilly, affichent des prix élevés : environ 300 euros par mois pour Wegovy et plus de 400 euros pour Mounjaro. L’Assurance maladie estime le coût annuel de cette mesure à plusieurs centaines de millions d’euros, un chiffre qui pourrait monter si le nombre de patients dépasse les prévisions.
Les autorités sanitaires ont néanmoins prévu un encadrement strict : les prescriptions devront être renouvelées tous les six mois, avec une évaluation de l’efficacité et de la tolérance. En cas de perte de poids insuffisante ou d’effets secondaires, le traitement pourra être interrompu.
Des patients soulagés mais prudents
Du côté des associations de patients, l’accueil est globalement positif. « C’est une victoire pour des milliers de personnes qui luttaient sans accès à ces traitements », se réjouit Marie-Pierre Dubois, présidente de l’Association française des obèses. « Mais nous restons vigilants sur les critères d’accès, qui ne doivent pas exclure ceux qui en ont le plus besoin. »
Certains témoignages illustrent l’attente. « Cela fait trois ans que je me renseigne sur Wegovy », confie Sylvie, 52 ans, habitante de Montpellier. « Je n’avais pas les moyens de le payer seule. Maintenant, je vais pouvoir consulter. »
Les défis à venir
Au-delà de l’afflux immédiat, les spécialistes pointent la nécessité d’une approche globale. « L’obésité ne se traite pas seulement par des médicaments », rappelle le docteur Cornet. « Il faut aussi un accompagnement diététique, psychologique et une activité physique adaptée. » Les centres devront donc intégrer ces dimensions, sous peine de voir les effets des traitements limités.
Le gouvernement, par la voix du ministère de la Santé, a promis un suivi trimestriel de la mise en œuvre. « Nous sommes conscients des tensions possibles », a déclaré un porte-parole. « Des moyens supplémentaires seront alloués si nécessaire. »
En attendant, les consultations se multiplient. Les centres spécialisés français se préparent à un été chargé, avec l’espoir de répondre à une demande longtemps contenue.