Le remboursement des traitements injectables contre l’obésité, le Wegovy et le Mounjaro, est entré en vigueur ce lundi en France, une décision qui suscite un fort engouement et oblige les centres de soins à anticiper une augmentation significative des consultations.
Ces deux médicaments, développés initialement pour le diabète de type 2 avant de voir leurs indications étendues à la perte de poids, sont désormais inscrits sur la liste des spécialités remboursables. Leur prise en charge par la Sécurité sociale intervient après un avis favorable de la Haute Autorité de santé (HAS), qui a reconnu leur service médical rendu important dans le cadre de l’obésité sévère, définie par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 35.
Des critères d’accès stricts
L’accès à ces traitements reste toutefois encadré. La prescription est réservée aux médecins spécialistes exerçant dans des centres spécialisés de l’obésité (CSO) ou dans des services hospitaliers dédiés. Les patients doivent également justifier d’un suivi médical régulier et d’une tentative préalable de prise en charge diététique et d’activité physique, sans succès suffisant. Le traitement n’est pas destiné à un usage esthétique ou à une perte de poids modérée.
Selon les autorités sanitaires, ces restrictions visent à garantir que les molécules profitent en priorité aux personnes dont l’état de santé le justifie le plus, tout en maîtrisant l’impact financier pour l’Assurance-maladie. Le coût annuel du traitement par patient est estimé à plusieurs milliers d’euros, ce qui a alimenté des débats sur la soutenabilité budgétaire d’un remboursement à grande échelle.
Les centres de soins en ordre de bataille
Dans plusieurs hôpitaux et cliniques spécialisés, les équipes médicales se préparent à une hausse notable des demandes. « Nous avons déjà été contactés par de nombreuses personnes qui attendaient cette date », témoigne un chef de service d’un CSO parisien, qui a requis l’anonymat. Selon lui, les services doivent renforcer leurs plages de consultation et former davantage de personnel pour répondre à l’afflux prévisible.
D’autres établissements, notamment en region, indiquent avoir mis en place des files d’attente et des consultations dédiées. Certains prévoient de recourir à des téléconsultations pour le suivi des patients déjà sous traitement, afin de libérer des créneaux pour les nouvelles prises en charge.
Une équation économique et sanitaire
Le remboursement de ces traitements intervient dans un contexte où l’obésité touche environ 17 % de la population adulte en France, selon les dernières données de Santé publique France. Les autorités espèrent que cette mesure permettra de réduire les complications liées à l’obésité, telles que les maladies cardiovasculaires ou le diabète, et, à terme, de diminuer les coûts associés à ces pathologies.
Mais des voix s’élèvent pour souligner le risque d’un engouement dépassant les capacités de prescription et de suivi. « Il ne faut pas que ce soit la ruée vers l’or », a prévenu un endocrinologue interrogé, qui estime que le système doit rester « raisonnable et encadré » pour éviter des dérives ou des effets indésirables liés à une mauvaise utilisation.
Des perspectives internationales
La France rejoint ainsi d’autres pays européens, comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, qui ont déjà intégré ces traitements dans leur panier de soins. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a rappelé que la balance bénéfices-risques reste favorable sous réserve du respect strict des indications.
Les prochaines semaines permettront de mesurer l’ampleur réelle de la demande et l’adaptation du système de soins à cette nouvelle offre thérapeutique. L’Assurance-maladie prévoit un suivi régulier des prescriptions et des remboursements pour ajuster, si nécessaire, les conditions d’accès.