Le gouvernement britannique opère un revirement significatif sur la question de la régulation des réseaux sociaux. Keir Starmer, jusqu'ici opposé à une interdiction générale des plateformes pour les adolescents, a laissé entendre que l'exécutif se montrerait désormais ouvert à cette piste, sous l'impulsion d'une mobilisation de parents dont les enfants ont été victimes de contenus nocifs en ligne.

« Nous allons examiner tout ce qui peut fonctionner », a déclaré le chef du gouvernement, cité par plusieurs sources, marquant une inflexion notable. Ce changement de cap intervient alors qu'une campagne, portée par des familles ayant perdu un enfant après une exposition à des défis viraux ou à du contenu dangereux, prend de l'ampleur et gagne en visibilité dans le débat public.

Une approche jusqu'alors prudente

Jusqu'à ces derniers jours, la position du locataire du 10 Downing Street était claire : son administration privilégiait une application stricte des règles existantes via le « Online Safety Act », plutôt qu'une interdiction frontale et absolue. Cette loi, adoptée sous le précédent gouvernement, impose déjà aux plateformes un devoir de protection des mineurs, sous peine de sanctions financières.

Cependant, le rythme des réformes et leur effectivité ont été jugés insuffisants par les associations de parents. Ces dernières estiment que les mesures actuelles ne permettent pas d'empêcher des adolescents d'accéder à des contenus préjudiciables ou de subir du harcèlement en ligne. La pression s'est accentuée après plusieurs faits divers tragiques, où des jeunes ont été incités à se faire du mal via des réseaux comme TikTok ou Instagram.

L'onde de choc du débat australien

Cette évolution se produit dans le sillage de la décision de Canberra, qui a récemment adopté une législation interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Cette initiative australienne a relancé les discussions au Royaume-Uni, où plusieurs responsables politiques, y compris au sein du Parti conservateur, plaident pour une mesure similaire.

Des voix s'élèvent toutefois pour souligner les difficultés techniques et juridiques d'une telle prohibition. La mise en œuvre d'un système de vérification de l'âge à grande échelle soulève des questions sur la vie privée des utilisateurs et la faisabilité technologique. Certains experts mettent en garde contre le risque de pousser les adolescents vers des espaces non régulés et moins sûrs.

Un cadre qui pourrait être renforcé

L'Ofcom, le régulateur des communications au Royaume-Uni, est déjà chargé de faire respecter le « Online Safety Act ». Ses pouvoirs incluent la possibilité d'infliger des amendes pouvant atteindre plusieurs millions de livres sterling aux entreprises ne se conformant pas à leurs obligations. Toutefois, les parents mobilisés jugent ces pénalités insuffisamment dissuasives.

L'ouverture de Keir Starmer à une interdiction potentielle ne signifie pas pour autant une décision immédiate. Le gouvernement a précisé qu'il lancerait une consultation approfondie avant d'arrêter une position définitive. L'opposition, de son côté, accuse le Premier ministre de réagir sous la contrainte et de manquer de vision stratégique sur le sujet.

Un enjeu qui dépasse les clivages partisans

Le débat sur la protection des mineurs en ligne suscite un large consensus au Parlement, même si les solutions divergent. Plusieurs députés travaillistes et conservateurs ont exprimé leur soutien à une interdiction calquée sur le modèle australien, tandis que d'autres appellent à privilégier l'éducation au numérique.

Les familles à l'origine de la campagne, dont certaines ont témoigné dans des auditions parlementaires, continuent de faire pression pour que le gouvernement agisse sans délai. « Nous ne voulons pas d'une énième consultation », a déclaré l'une des porte-parole du collectif. « Nous voulons des actes. »

Le dossier s'annonce comme l'un des plus sensibles pour l'exécutif dans les semaines à venir, alors que la rentrée politique s'annonce marquée par des débats houleux sur la régulation du numérique et la santé mentale des jeunes.