Le chef du gouvernement britannique, Keir Starmer, s'apprête à officialiser une mesure inédite visant à restreindre l'accès des mineurs aux plateformes numériques. Selon des sources proches de l'exécutif, l'annonce pourrait intervenir dans les prochains jours et aurait déjà été préparée en concertation avec plusieurs ministères.
Cette décision, attendue depuis plusieurs semaines, marque un tournant dans la politique numérique du Royaume-Uni. Le dispositif envisagé, décrit comme plus ambitieux que celui en vigueur en Australie, prévoirait d'interdire aux moins de 16 ans l'utilisation de réseaux sociaux tels que X, TikTok ou Instagram. Les autorités britanniques chercheraient ainsi à répondre aux préoccupations croissantes des parents et des professionnels de la santé mentale concernant l'impact de ces plateformes sur le développement des adolescents.
Un modèle « Australia plus »
Le terme employé par les responsables gouvernementaux pour qualifier ce projet est « Australia plus ». Il fait référence à la législation australienne, adoptée fin 2024, qui interdit déjà l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Toutefois, Londres souhaiterait aller plus loin en durcissant certains aspects, notamment les obligations de vérification de l'âge et les sanctions en cas de non-respect par les entreprises technologiques.
Les modalités précises de ce durcissement n'ont pas encore été détaillées, mais plusieurs options sont étudiées. Parmi elles figurent l'obligation pour les plateformes de recourir à des systèmes de vérification biométrique ou à des technologies de reconnaissance faciale, ainsi que des amendes significativement plus élevées que celles prévues par la loi australienne en cas de manquement. Les discussions internes au sein du gouvernement britannique auraient également porté sur la définition exacte des services concernés, afin d'éviter les contournements.
Contexte politique et pressions sociales
Ce virage réglementaire s'inscrit dans un contexte de pression sociale croissante. Ces dernières semaines, des associations de parents d'élèves et des collectifs de défense des droits de l'enfant ont multiplié les appels à une régulation plus stricte. Une pétition ayant réuni plusieurs centaines de milliers de signatures a notamment été remise au 10 Downing Street, réclamant des mesures concrètes pour protéger les mineurs des contenus nocifs et de l'addiction aux écrans.
Le Premier ministre, qui s'était montré initialement prudent sur ce sujet, a progressivement infléchi sa position sous l'effet de ces mobilisations. En début de mois, il avait déjà laissé entendre que des annonces étaient en préparation, sans en préciser la teneur. Ce changement d'attitude semble refléter une prise de conscience au sein de l'exécutif des enjeux de santé publique liés à l'usage intensif des réseaux sociaux par les adolescents.
Réactions et mises en garde
Si la mesure est saluée par une partie de l'opinion publique et par des parlementaires de tous bords, elle suscite également des critiques. Des organisations de défense des libertés numériques mettent en garde contre les risques d'une surveillance excessive et d'une atteinte à la vie privée des mineurs. Elles soulignent que les dispositifs de vérification d'âge, s'ils ne sont pas correctement encadrés, pourraient collecter des données sensibles et être détournés à des fins de profilage.
Du côté des géants de la technologie, les réactions sont prudentes mais laissent entrevoir des résistances. Plusieurs entreprises ont déjà fait savoir, par l'intermédiaire de leurs représentants, qu'elles jugent cette interdiction disproportionnée et techniquement difficile à mettre en œuvre. Certaines évoquent la possibilité de contester la mesure devant les tribunaux si elle venait à être adoptée en l'état.
Calendrier et perspectives
L'annonce officielle devrait intervenir dans le cadre d'un discours du Premier ministre, possiblement lors d'une intervention consacrée à la protection de l'enfance. Le texte de loi correspondant pourrait être présenté au Parlement dès la session parlementaire en cours, avec l'objectif d'une entrée en vigueur d'ici à la fin de l'année 2026.
Ce projet, s'il aboutit, ferait du Royaume-Uni l'un des pays les plus restrictifs au monde en matière d'accès des mineurs aux réseaux sociaux, aux côtés de l'Australie et de certains États américains qui ont adopté des législations similaires. Il relance également le débat sur la responsabilité des plateformes numériques et sur l'équilibre à trouver entre protection des jeunes et respect des libertés individuelles.