Le gouvernement britannique s'apprête à franchir une étape majeure dans la régulation du numérique. Selon des informations concordantes, le premier ministre Keir Starmer devrait annoncer dans les prochains jours un ensemble de restrictions sur l'accès des mineurs aux réseaux sociaux, reprenant en grande partie le modèle australien entré en vigueur fin 2025. Cette décision intervient après des mois de pression de la part de groupes de parents et d'associations de protection de l'enfance, qui dénoncent les effets néfastes de ces plateformes sur la santé mentale et le développement des jeunes.

Un projet inspiré de l'exemple australien

Le dispositif envisagé par Londres s'inspire directement de la loi adoptée en Australie en novembre 2025, qui interdit aux moins de 16 ans l'accès aux principaux réseaux sociaux – Instagram, TikTok, Snapchat, X (anciennement Twitter) – sous peine d'amendes pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars pour les entreprises qui ne se conformeraient pas aux règles. Les autorités britanniques étudient une interdiction similaire, bien que l'âge minimal concerné n'ait pas encore été officiellement confirmé ; plusieurs sources évoquent un seuil fixé à 16 ans.

Keir Starmer, qui s'était montré initialement prudent sur une telle mesure en raison des difficultés techniques de mise en œuvre et des risques de contournement, aurait infléchi sa position sous l'effet d'une mobilisation citoyenne croissante. Le chef du gouvernement a reçu ces dernières semaines des délégations de parents inquiets, ainsi que des rapports d'experts soulignant le lien entre usage intensif des réseaux sociaux et hausse des troubles anxieux et dépressifs chez les adolescents.

Une annonce imminente

Downing Street n'a pas encore fixé de date précise pour la présentation du texte, mais plusieurs médias britanniques s'attendent à ce que le premier ministre en dévoile les grandes lignes lors d'un discours prévu dans les prochains jours. Selon des sources proches du dossier, le gouvernement plancherait sur un projet de loi qui pourrait être soumis au Parlement avant la fin de l'année.

Le dispositif ne se limiterait pas à une simple interdiction d'accès : il comprendrait également des obligations renforcées pour les plateformes en matière de vérification de l'âge, avec l'obligation de recourir à des systèmes de contrôle plus fiables que les simples déclarations sur l'honneur. Les entreprises qui ne s'y conformeraient pas s'exposeraient à des sanctions financières dissuasives, potentiellement alignées sur les montants prévus par la réglementation australienne.

Un débat toujours vif

Cette orientation radicale ne fait pas l'unanimité. Des organisations de défense des droits numériques – la fondation Open Rights Group, la campagne 5Rights – ont exprimé leurs réserves, estimant qu'une interdiction pure et simple risquerait de pousser les jeunes vers des espaces non régulés ou de limiter leur accès à des contenus éducatifs et à des soutiens communautaires. Certains experts en cybersécurité soulignent par ailleurs que les systèmes de vérification d'âge restent imparfaits et peuvent être contournés par des utilisateurs déterminés.

En coulisses, les géants de la tech – Meta, TikTok, Snap – multiplient les démarches auprès du gouvernement pour obtenir un assouplissement du texte. Ils plaident pour des solutions de « co-régulation » et des mesures axées sur l'éducation numérique plutôt que sur la restriction. Leurs arguments n'ont toutefois pas convaincu Downing Street, qui considère que la protection des mineurs doit primer sur les intérêts commerciaux.

Un signal fort pour l'Europe

En adoptant une position ferme, le Royaume-Uni pourrait donner un coup d'accélérateur à des réflexions similaires en cours dans d'autres pays européens. La France a déjà légiféré sur l'encadrement des réseaux sociaux pour les mineurs, mais le modèle australien est perçu comme plus contraignant. L'Union européenne, de son côté, examine des amendements au règlement sur les services numériques (DSA) pour renforcer les obligations des plateformes envers les jeunes utilisateurs.

Si le projet britannique aboutit, il marquerait un tournant dans la régulation mondiale du numérique, en faisant du Royaume-Uni l'un des premiers grands pays à imposer des restrictions aussi strictes sur l'accès des mineurs aux réseaux sociaux.

Vers une mise en œuvre progressive

Les autorités britanniques prévoient une période de transition pour permettre aux entreprises de se conformer aux nouvelles règles. Des expérimentations pourraient être menées dans certaines régions avant un déploiement national. Par ailleurs, le gouvernement entend investir dans des campagnes de sensibilisation destinées aux parents et aux adolescents, afin d'expliquer les enjeux de sécurité numérique et de promouvoir des usages plus équilibrés des technologies.

Le débat parlementaire qui s'annonce promet d'être animé, mais le consensus social en faveur d'une protection renforcée des mineurs semble désormais suffisamment large pour offrir à Keir Starmer une majorité confortable, au moins dans un premier temps.