À l'occasion de la Journée internationale pour la santé des femmes, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) tire la sonnette d'alarme sur une réalité méconnue : les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes. Pourtant, la recherche et la clinique restent largement centrées sur les hommes, ce qui entraîne une méconnaissance des spécificités féminines et un retard de diagnostic préjudiciable.
Des symptômes différents, un diagnostic plus tardif
Nabila Bouatia-Naji, directrice de recherche à l'Inserm, déplore que les cas d'infarctus chez les femmes « sont très peu étudiés ». Les symptômes d'un infarctus chez une femme peuvent différer de ceux, classiques, décrits chez l'homme : douleur thoracique irradiant dans le bras gauche. Chez les femmes, la manifestation peut être plus atypique, avec une fatigue intense, des nausées, des douleurs dans le dos ou la mâchoire. En conséquence, le diagnostic est souvent posé plus tard, ce qui aggrave le pronostic.
« Le risque est de louper le diagnostic », alerte la chercheuse. Ce décalage s'explique aussi par un manque de données. Les essais cliniques, historiquement, ont majoritairement inclus des hommes. Les mécanismes biologiques, les facteurs de risque et les réponses aux traitements chez les femmes restent donc mal connus. « Les données manquent pour pouvoir prévenir et soigner », insiste Nabila Bouatia-Naji.
Un enjeu de recherche et de prévention
L'Inserm appelle donc à une intensification des recherches dédiées à la santé cardiovasculaire des femmes. Il s'agit de mieux comprendre l'impact des hormones féminines, de la grossesse, de la ménopause ou encore des facteurs de risque spécifiques comme le syndrome des ovaires polykystiques ou les complications hypertensives de la grossesse.
En parallèle, une meilleure formation des professionnels de santé est nécessaire pour qu'ils intègrent ces spécificités dans leur pratique quotidienne. Les campagnes de prévention doivent également cibler les femmes, trop souvent convaincues que les maladies cardiovasculaires sont une « maladie d'hommes ». Ce biais de genre dans la perception des risques contribue à la sous-estimation des symptômes par les patientes elles-mêmes.
Des chiffres qui parlent
Bien que l'article ne fournisse pas de chiffres de mortalité récents, il rappelle que les maladies cardiovasculaires tuent chaque année des milliers de femmes en France et dans le monde. L'urgence est de reconnaître cette réalité pour adapter la recherche, le diagnostic et la prévention.
La Journée internationale pour la santé des femmes, qui se tient ce 22 mai, est l'occasion de rappeler que la santé des femmes ne se résume pas aux seules problématiques gynécologiques ou mammaires. Les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et d'autres pathologies doivent être pris en compte avec une approche spécifique.
Vers une meilleure prise en charge
L'Inserm espère que ces alertes permettront de déclencher une prise de conscience collective. Plusieurs initiatives de recherche sont en cours, mais les résultats tardent à se traduire dans les recommandations de bonnes pratiques médicales. La chercheuse appelle à une mobilisation des pouvoirs publics et des institutions de recherche pour combler le retard accumulé.
En conclusion, si la journée est dédiée à la santé des femmes, elle doit aussi servir à rappeler que le cœur féminin n'est pas un simple cœur masculin en plus petit. Il a ses propres spécificités, ses propres pathologies et, surtout, ses propres besoins de recherche et de soins.