Sept États américains, emmenés par l’État de New York, ont déposé un recours judiciaire pour contester un arrangement financier conclu entre l’administration Trump et TotalEnergies. Selon les termes de cet accord, annoncé en mars dernier, le gouvernement fédéral s’engage à rembourser au géant pétrolier français environ un milliard de dollars afin de compenser la renonciation à plusieurs parcs éoliens en mer prévus le long de la côte atlantique des États-Unis.
L’accord a été signé par un membre du cabinet de Donald Trump et par le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. Il prévoit que les contribuables américains prennent en charge une large partie des coûts déjà engagés par l’entreprise pour développer ces fermes éoliennes, avant que l’administration ne décide de bloquer les projets. Les États plaignants estiment que cette transaction est illégale et qu’elle outrepasse les prérogatives de l’exécutif, en contournant les procédures environnementales et budgétaires établies.
La plainte, déposée devant un tribunal fédéral, soutient que l’accord n’a pas été soumis à l’examen du Congrès, comme l’exige la loi pour toute dépense d’une telle ampleur. Les plaignants dénoncent également l’absence d’évaluation d’impact environnemental, alors que l’abandon de ces projets pourrait avoir des conséquences sur les objectifs climatiques et le développement des énergies renouvelables dans la région.
Un revirement énergétique sous l’ère Trump
Ce contentieux s’inscrit dans un contexte plus large de mise à l’écart de l’éolien offshore par l’administration Trump. Depuis son retour au pouvoir, le président républicain a multiplié les mesures visant à freiner, voire annuler, les projets d’énergies renouvelables en mer, qu’il avait déjà combattus lors de son premier mandat. En mars 2026, son administration a ainsi ordonné la suspension de plusieurs permis et concessions pour des parcs éoliens, invoquant des préoccupations économiques et environnementales.
TotalEnergies, pour sa part, avait obtenu ces concessions lors d’enchères fédérales organisées sous l’administration précédente. Les sites concernés se situent au large des côtes de New York, du New Jersey, du Massachusetts et d’autres États du Nord-Est. Le montant remboursé couvrirait les investissements déjà réalisés par l’entreprise dans les études de faisabilité, la prospection et les dépôts de garantie.
Les arguments des États attaquants
Les sept États — tous dirigés par des gouverneurs démocrates — affirment que l’accord viole plusieurs textes législatifs, notamment la loi sur la gestion des concessions offshore et les règles de passation des marchés publics. Ils réclament l’annulation de l’arrangement et le blocage du versement des fonds. Selon eux, cette décision unilatérale de l’exécutif priverait les États côtiers de recettes fiscales et d’emplois liés à l’industrie éolienne, tout en retardant la transition énergétique.
« Ce deal secret conclu entre le gouvernement et une entreprise étrangère nous coûte des milliards et hypothèque l’avenir énergétique de nos États », a déclaré le procureur général de New York, sans préciser davantage. La plainte demande une injonction pour empêcher tout décaissement tant que la justice n’a pas statué.
Des répercussions économiques et juridiques
Cette affaire pourrait avoir des conséquences importantes sur la politique énergétique américaine. Si la justice donne raison aux États, cela pourrait contraindre l’administration à renégocier les conditions ou à justifier ses décisions devant le Congrès. De plus, d’autres entreprises qui avaient également obtenu des concessions éoliennes offshore pourraient être tentées de réclamer des compensations similaires, ce qui alourdirait la facture pour l’État fédéral.
TotalEnergies n’a pas commenté publiquement la plainte, se bornant à rappeler que l’accord avait été conclu « dans le respect des règles en vigueur ». De son côté, la Maison-Blanche a qualifié la procédure de « tentative politique » visant à entraver la politique de Donald Trump, sans entrer dans le détail juridique.
L’audience préliminaire n’a pas encore été fixée. L’issue de ce combat judiciaire est attendue avec attention tant par les milieux énergétiques que par les défenseurs de l’environnement, ces derniers dénonçant un recul « historique » pour les énergies renouvelables aux États-Unis.