Une coalition transpartisane contre un accord controversé
Mardi 2 juin, sept États américains — allant du Maine à New York en passant par le Connecticut, le Rhode Island, le Massachusetts, le Vermont et le New Jersey — ont conjointement saisi la justice fédérale pour contester l'accord signé entre TotalEnergies et l'administration Trump. Cet accord prévoit que le groupe français abandonne ses projets de parcs éoliens offshore, en échange du versement d'un milliard de dollars par le gouvernement américain. Les plaignants, tous des États dirigés par des gouverneurs démocrates, estiment que cet arrangement est illégal et qu'il lèse directement leurs intérêts économiques et environnementaux.
Les procureurs généraux montent au créneau
Les procureurs généraux de ces États, appuyés par des associations de défense de l'environnement, affirment que l'administration Trump a outrepassé ses prérogatives en signant un tel accord sans passer par les procédures légales habituelles, notamment les études d'impact et les consultations publiques. Selon les termes de la plainte, le gouvernement fédéral aurait agi de manière arbitraire et abusive en s'engageant à indemniser TotalEnergies pour des projets déjà autorisés au niveau des États. Les plaignants réclament l'annulation de l'accord et la restitution des sommes déjà versées, estimant que ce précédent pourrait compromettre le développement des énergies renouvelables et la création d'emplois locaux.
Un milliard de dollars au cœur du litige
L'accord prévoit le déblocage d'un fonds d'indemnisation de 1,8 milliard de dollars, dont un milliard destiné directement à TotalEnergies pour compenser les coûts déjà engagés et les profits futurs escomptés. Les États plaignants considèrent que ce montant est excessif et qu'il ne correspond à aucune évaluation indépendante. Ils soulignent que TotalEnergies n'a jamais réalisé aucune construction en mer sur les sites concernés, et que les permis eux-mêmes étaient en cours de révision par l'administration fédérale. Le procureur général de l'État de New York, James, a déclaré : « Cet accord est un cadeau scandaleux fait à une multinationale pétrolière au détriment des contribuables et de l'environnement. Nous ne laisserons pas l'administration Trump brader nos ressources communes. »
Une opposition qui dépasse les clivages
L'affaire suscite une opposition inhabituelle puisqu'elle réunit démocrates et une partie des républicains. Plusieurs sénateurs et élus locaux républicains, notamment ceux des États côtiers, ont exprimé leurs réserves. Le sénateur républicain du Maine, Susan Collins, a jugé l'accord « profondément problématique » et a appelé à un sursis. Cette opposition bipartisane a contraint le président Trump à renoncer à un projet parallèle de constitution d'un fonds discrétionnaire — qualifié de « caisse noire » par ses détracteurs — destiné à indemniser ses alliés politiques, y compris des investisseurs privés dans les énergies fossiles. Cette décision du président américain, annoncée le même jour, est interprétée comme une tentative de limiter les dégâts politiques avant l'élection de novembre.
TotalEnergies dans une position délicate
Le groupe pétrolier français, qui s'était engagé dans une stratégie de diversification vers les énergies renouvelables, se retrouve au cœur d'une controverse judiciaire et politique. L'entreprise n'a pas encore commenté officiellement l'action en justice, mais des sources internes indiquent que TotalEnergies continue de considérer l'accord comme légal et défendable. Les marchés financiers ont réagi prudemment, le titre perdant 1,2 % à la clôture de mardi. Les analystes estiment que ce contentieux pourrait entraîner des retards ou des surcoûts pour le groupe, même si l'issue judiciaire reste incertaine.
Enjeux environnementaux et économiques
L'éolien offshore représente un enjeu majeur pour la transition énergétique des États-Unis. Les États plaignants, qui bordent l'océan Atlantique, comptent sur ces projets pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et créer des emplois dans la filière. Selon les données fournies par les procureurs, les parcs abandonnés auraient pu fournir l'équivalent de la consommation électrique de 500 000 foyers. Le Massachusetts, par exemple, avait déjà signé des contrats d'achat d'électricité avec les développeurs. L'annulation de l'accord signé avec TotalEnergies est donc perçue comme un coup d'arrêt brutal pour toute une filière industrielle naissante.
Un dossier à suivre
La justice fédérale devrait examiner la requête dans les semaines à venir. Une décision rapide est attendue, d'autant que les échéances électorales se rapprochent et que l'administration Trump pourrait chercher à finaliser l'accord avant un éventuel changement de majorité en novembre. Les États plaignants ont déjà annoncé qu'ils ne reculeraient pas et qu'ils étaient prêts à aller jusqu'en Cour suprême si nécessaire. L'affaire TotalEnergies pourrait ainsi devenir un test juridique majeur sur les limites du pouvoir fédéral en matière de politique énergétique et d'indemnisation.