Le sommet de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan) s'est ouvert mardi à Ankara dans un climat de profondes dissensions. Les 32 États membres tentent de trouver une réponse collective aux critiques répétées de la Maison-Blanche concernant la contribution financière des Européens à la sécurité du continent, alors que le chef de l'État américain menace ouvertement de réduire l'implication des forces armées des États-Unis en Europe.
Un sommet sous tension
La réunion, qui se déroule sur deux jours, intervient dans un contexte où les alliés européens redoutent un affaiblissement du parapluie nucléaire américain. Plusieurs capitales du Vieux Continent cherchent à prouver qu'elles sont capables d'assumer une part plus importante de leur défense, afin d'éviter que Washington ne prenne des décisions unilatérales. L'enjeu est d'autant plus critique que les dépenses militaires des pays européens ont augmenté de façon significative ces dernières années, mais de manière dispersée, sans coordination stratégique d'ensemble. Cette montée en puissance fragmentée pourrait ne pas suffire à rassurer le partenaire américain, qui exige des engagements chiffrés clairs et un calendrier précis.
Un désaccord persistant sur le financement
Selon des responsables proches des discussions, l'administration américaine insiste pour que tous les membres de l'Alliance consacrent au moins 3 % de leur produit intérieur brut à la défense, un seuil supérieur à l'objectif actuel de 2 %. Plusieurs pays européens estiment cette revendication excessive dans le contexte budgétaire tendu que connaît le continent. Les négociations butent également sur la question du partage des coûts des infrastructures militaires communes et des opérations extérieures. Les sources diplomatiques divergent toutefois sur la position précise de la Maison-Blanche : certains évoquent une menace claire de retrait partiel, d'autres décrivent une posture de négociation destinée à obtenir des concessions.
L'Europe de la défense comme réponse
Face à ce qu'ils perçoivent comme un risque de désengagement américain, plusieurs dirigeants européens plaident pour un renforcement accéléré de l'Europe de la défense. Des initiatives bilatérales et multilatérales ont été lancées ces derniers mois pour améliorer l'interopérabilité des armées, mutualiser les achats d'équipements et développer des capacités industrielles communes dans le secteur de l'armement. Toutefois, les avis restent partagés sur la forme que devrait prendre cette autonomie stratégique : certains privilégient une coopération renforcée dans le cadre de l'Union européenne, tandis que d'autres estiment que toute initiative doit rester au sein de l'Otan pour ne pas fragiliser l'unité de l'Alliance.
Un consensus sur la menace russe
Malgré ces divisions, un point semble faire l'objet d'un large accord entre les participants : la désignation de la Russie comme une menace persistante. Le communiqué final du sommet, dont la rédaction est encore en cours, devrait reprendre la formulation adoptée lors du précédent sommet en 2025, qualifiant Moscou de « menace à long terme » pour la sécurité de la zone euro-atlantique. Cette position commune permet de maintenir une façade d'unité sur la question centrale de l'architecture de défense face à l'Est, mais elle masque mal les fractures profondes sur le rôle futur des États-Unis dans la garantie de la sécurité européenne.
Les conséquences pour l'Ukraine en arrière-plan
La guerre en Ukraine constitue l'arrière-plan de ces discussions. Plusieurs alliés redoutent qu'un désengagement américain ne laisse l'Europe seule face à une Russie qui conserve un important arsenal conventionnel et nucléaire. Les pays d'Europe centrale et orientale, en particulier, pressent leurs partenaires d'augmenter leurs contributions militaires et de garantir des lignes de ravitaillement et de renfort en cas de crise. Le sommet d'Ankara doit également examiner les besoins de l'armée ukrainienne en matière d'équipements et de munitions, même si l'issue de cette question reste suspendue aux décisions que prendra Washington.
Quelle issue pour l'Alliance ?
Alors que les discussions se poursuivent à huis clos, l'issue de ce sommet reste incertaine. Les Européens espèrent obtenir des garanties sur le maintien de l'engagement militaire américain sur le continent, tandis que l'administration américaine attend des promesses concrètes d'augmentation des budgets de défense. Le compromis qui pourrait émerger dans les prochaines heures devrait dessiner un nouveau partage des responsabilités au sein de l'Alliance, sans pour autant apaiser toutes les inquiétudes. La question de savoir si l'Europe peut véritablement se défendre seule en cas de retrait américain reste ouverte, et les décisions prises à Ankara ne feront que poser les premiers jalons d'une réponse qui devra s'inscrire dans la durée.