Les dirigeants des pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord se retrouvent mardi et mercredi dans la capitale turque pour un sommet placé sous le signe de l’inquiétude. La menace d’un retrait américain, brandie à plusieurs reprises par la Maison-Blanche, pousse les capitales européennes à chercher des parades pour éviter une fracture au sein de l’Alliance.
Une rencontre sous pression
Le président des États-Unis devrait, selon les observateurs, renouveler ses griefs à l’encontre des partenaires européens, qu’il juge insuffisamment engagés financièrement dans l’effort collectif. Plusieurs sources évoquent la possibilité que Washington réclame une hausse drastique des budgets militaires, au-delà de l’objectif déjà fixé de 2 % du produit intérieur brut. Cette pression s’inscrit dans un contexte où le locataire de la Maison-Blanche n’a jamais caché son scepticisme vis-à-vis d’une organisation qu’il perçoit comme déséquilibrée au détriment des intérêts américains.
Les Européens arrivent à Ankara avec la volonté de démontrer qu’ils peuvent prendre une part plus grande de leur propre sécurité. Plusieurs pays ont annoncé ces derniers mois des augmentations significatives de leurs dépenses militaires, et des programmes de coopération industrielle ont été lancés pour réduire la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis. Toutefois, cette montée en puissance se fait de manière encore dispersée, sans coordination d’ensemble.
Un front uni sur la Russie
Malgré les divisions qui traversent l’Alliance sur le rôle des États-Unis et le niveau d’ambition européen, un point de convergence subsiste : la condamnation de la Russie. Le communiqué final qui sera adopté à l’issue du sommet devrait réaffirmer que Moscou constitue une « menace à long terme », reprenant la formulation déjà utilisée lors du sommet précédent en 2025. Cette position permet de maintenir un semblant d’unité alors que les désaccords de fond persistent sur d’autres dossiers.
La guerre en Ukraine, qui a rebattu les cartes de la sécurité européenne depuis 2022, reste au cœur des préoccupations. Les alliés européens redoutent que Washington ne réduise son soutien militaire à Kiev, ce qui fragiliserait le front occidental face à la Russie. Plusieurs responsables européens ont ainsi multiplié les consultations en amont du sommet pour tenter de verrouiller un engagement américain minimum.
Des armées européennes en recomposition
Face au scénario d’un désengagement américain, les armées des pays européens gagnent en puissance, mais de façon inégale. Certains États membres, comme la Pologne ou les pays baltes, ont déjà atteint ou dépassé l’objectif de 2 % du PIB consacré à la défense. D’autres, notamment en Europe du Sud, peinent encore à remplir leurs engagements. Cette disparité nourrit les critiques de Washington, qui exige un partage plus équitable du fardeau.
Des initiatives de coopération, telles que le fonds européen de défense ou les projets de mutualisation d’équipements, tentent de structurer cette montée en puissance. Mais les progrès restent lents, entravés par les souverainetés nationales et les différences de doctrines militaires. Les Européens cherchent également à renforcer leur industrie de défense, avec des commandes groupées d’armements, notamment dans le domaine des systèmes antiaériens et des drones.
Un sommet sans grande avancée
Plusieurs analystes anticipent que ce sommet d’Ankara ne débouchera pas sur des décisions spectaculaires. L’objectif principal des Européens est de maintenir le dialogue et d’éviter une rupture ouverte avec Washington. La réunion doit surtout permettre de poser les bases d’un rééquilibrage progressif des responsabilités au sein de l’Alliance.
Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a appelé à la cohésion dans ses déclarations pré-sommet, insistant sur la nécessité de « rester unis face aux défis communs ». La Turquie, pays hôte, joue un rôle de médiateur entre les positions américaines et européennes, tout en défendant ses propres intérêts stratégiques, notamment vis-à-vis de la Russie et de la situation au Proche-Orient.
Des enjeux qui dépassent la simple défense
Au-delà des questions militaires, le sommet aborde également des sujets économiques et politiques. La dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie, les sanctions, et la coopération technologique sont autant de dossiers sensibles. La Chine, considérée comme un défi systémique, sera aussi évoquée, même si l’Alliance reste prudente sur ce sujet.
Les Européens savent que le temps presse. Si Washington devait réduire significativement son engagement, l’Europe devrait assumer seule la défense de son flanc est, une perspective qui inquiète plusieurs capitales. Le chemin vers une autonomie stratégique crédible est encore long, mais le sommet d’Ankara marque une étape dans cette prise de conscience collective.