Les dirigeants des pays membres de l’Otan se retrouvent mardi et mercredi à Ankara pour un sommet marqué par les tensions autour de l’engagement des États-Unis. Alors que le président américain multiplie les critiques à l’égard des alliés européens et agite la menace d’un désengagement, les chancelleries du Vieux Continent rivalisent d’initiatives pour prouver qu’elles peuvent prendre en charge leur propre sécurité.

Un sommet sous haute tension

Ce rendez-vous, organisé en Turquie, intervient dans un climat de défiance. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le chef de l’État américain n’a cessé de dénoncer ce qu’il considère comme un effort insuffisant des Européens en matière de dépenses militaires. Il exige que chaque pays membre consacre au moins 5 % de son PIB à la défense, un seuil très éloigné des niveaux actuels. En privé, plusieurs responsables européens redoutent que Washington ne réduise sa présence militaire sur le continent ou n’affaiblisse ses garanties de sécurité.

Face à cette pression, les capitales européennes cherchent à démontrer leur capacité à agir de manière plus autonome. Plusieurs annonces devraient être faites pendant le sommet pour renforcer les capacités industrielles de défense du continent et accroître les budgets nationaux. L’objectif affiché est de convaincre l’administration américaine que les alliés ne sont pas des passagers clandestins, mais des partenaires fiables.

Une unité de façade sur la Russie

Malgré les divisions internes, les 32 membres de l’Alliance semblent tomber d’accord sur un point : la Russie constitue une menace de long terme. Le projet de communiqué final, dont plusieurs médias ont eu connaissance, devrait reprendre la formulation employée lors du précédent sommet en 2025, qualifiant Moscou de « menace à long terme ». Ce consensus est l’un des rares sujets de ralliement, alors que des différences profondes persistent sur d’autres dossiers comme l’élargissement de l’Otan, les relations avec la Chine ou la question des dépenses militaires.

Les pays d’Europe orientale, notamment ceux qui bordent la Russie, poussent pour un langage plus ferme et des garanties concrètes. Ils redoutent qu’un affaiblissement de l’engagement américain ne les expose davantage à une pression russe. À l’inverse, certains membres plus anciens de l’Alliance, comme la France ou l’Allemagne, insistent sur la nécessité d’ouvrir un dialogue stratégique avec Moscou, sans toutefois relâcher la vigilance.

Les Européens en quête d’autonomie

Le sommet d’Ankara est aussi l’occasion pour les Européens d’afficher leurs progrès dans le domaine de la défense commune. Bruxelles a récemment débloqué des fonds pour des projets industriels collaboratifs, notamment dans les domaines de la cybersécurité, du spatial militaire et des systèmes d’armement terrestres. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement doivent présenter des plans nationaux de hausse des budgets militaires.

Toutefois, les divergences restent importantes. Les pays du Sud de l’Europe, confrontés à des défis migratoires et économiques, estiment que l’effort demandé par Washington est disproportionné. Les pays nordiques et baltes, en revanche, jugent urgente une montée en puissance rapide. Ce fossé complique la tâche de ceux qui espèrent présenter un front uni face au président américain.

Des discussions informelles en marge du sommet

Au-delà des séances plénières, de nombreuses rencontres bilatérales et trilatérales sont prévues dans les couloirs du centre de conférence d’Ankara. Les chefs d’État et de gouvernement tentent de coordonner leurs positions avant les moments clés, notamment la session consacrée aux dépenses de défense. Selon des sources diplomatiques, les discussions s’annoncent tendues, mais une rupture ouverte est peu probable. La plupart des alliés estiment que l’Otan reste l’organisation indispensable à la sécurité collective et qu’il faut trouver un compromis pour éviter une crise majeure.

En marge du sommet, le secrétaire général de l’Alliance multiplie les appels à l’unité. Il rappelle que l’augmentation des budgets européens est déjà en cours, mais que les résultats tardent à convaincre Washington. Le sommet devrait se conclure mercredi par une déclaration commune qui tentera de sauver les apparences tout en laissant entrevoir les profondes fractures qui traversent l’Alliance.