Le sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) s’est ouvert ce mardi à Ankara sous la présidence du chef de l’État turc, Recep Tayyip Erdogan. Cette rencontre de deux jours intervient dans un contexte de tensions transatlantiques inédites, marqué par les menaces répétées du président américain, Donald Trump, de désengager les États-Unis de l’alliance. Les dirigeants européens tentent de conjurer le risque d’un abandon stratégique en mettant en avant leurs efforts budgétaires et industriels en matière de défense.
Des griefs américains et une unité fragilisée
Donald Trump ne s’est rendu à Ankara qu’à l’invitation de son homologue turc, qu’il qualifie de « grand dirigeant » et de « personne très solide ». Il a récemment reproché aux Européens de l’avoir « laissé tomber » durant le conflit avec l’Iran, tandis qu’il estimait que la Turquie avait joué le rôle attendu en ripostant aux tirs de drones iraniens. Cette défiance récurrente affaiblit la cohésion de l’Alliance, même si un projet de déclaration finale, approuvé par les ambassadeurs vendredi, devrait réaffirmer « l’engagement inébranlable » des membres en faveur de la défense collective via l’article 5 du traité.
Des investissements massifs pour rassurer Washington
Face aux pressions américaines, les Européens cherchent à prouver leur capacité à prendre en charge leur propre sécurité. Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a détaillé les dépenses supplémentaires engagées depuis 2017, qu’il nomme le « Trump Trillion » : sur la période 2016-2026, les Européens et le Canada ont dépensé 1 200 milliards de dollars supplémentaires dans la défense. L’an dernier, les budgets alliés ont bondi de 139 milliards de dollars, soit une hausse de 20 %. Lors du sommet de La Haye en 2025, les Européens s’étaient engagés à porter leurs dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 2035 – dont 3,5 % pour leurs forces. Selon Mark Rutte, « de nouveaux contrats pour plusieurs dizaines de milliards de dollars seront annoncés à Ankara ».
Un forum industriel pour sceller la relance
La première journée du sommet est consacrée à l’industrie de défense. Plusieurs accords, coentreprises (joint-ventures) et investissements doivent y être dévoilés, afin de démontrer que l’Europe accélère sa montée en puissance militaire. Le secrétaire général a évoqué la construction d’une « Otan 3.0 », avec une Europe plus forte au sein d’une Alliance renforcée. Un dîner somptueux est prévu le 7 juillet au soir, organisé par la présidence turque pour mettre en scène l’unité retrouvée.
Une menace russe maintenue dans le texte final
Sur le plan géopolitique, le communiqué final devrait qualifier la Russie de « menace à long terme », reprenant la formulation adoptée en 2025. Cette convergence contraste avec les divisions qui subsistent sur d’autres dossiers. Le protocole d’accord signé le 17 juin entre Washington et Téhéran a toutefois écarté le risque que la crise iranienne ne monopolise les débats.
Les fragilités persistantes de la défense européenne
Malgré cette démonstration de volonté, les armées européennes gagnent en puissance de façon dispersée. Si les budgets augmentent, l’absence de coordination et de standardisation des équipements limite l’efficacité opérationnelle. Les États-Unis exigent des alliés qu’ils produisent plus vite et à moindre coût, alors que l’administration Trump conditionne le maintien de ses forces en Europe à des progrès tangibles. Le sommet d’Ankara est ainsi perçu comme un test de crédibilité pour l’Europe de la défense, contrainte de conjuguer souveraineté et solidarité transatlantique.
Conclusion
Alors que les 32 chefs d’État et de gouvernement réaffirment leur attachement à l’Otan, le sommet d’Ankara illustre les tensions profondes qui traversent l’Alliance. Les Européens espèrent que leurs annonces budgétaires et industrielles suffiront à dissuader Donald Trump de concrétiser ses menaces de retrait. Mais en coulisses, la crainte d’un abandon américain reste prégnante et pourrait accélérer la recherche d’une autonomie stratégique européenne.