Confronté à l'une des plus graves flambées de dengue de ces dernières années, le Sri Lanka a recours à des drones militaires pour identifier et éliminer les zones de reproduction des moustiques. Depuis mercredi, l'armée de l'air survole les immeubles de la capitale Colombo et d'autres localités afin de détecter les eaux stagnantes où prolifèrent les moustiques du genre Aedes, vecteurs du virus. Une fois ces foyers repérés, les propriétaires des lieux sont tenus de les nettoyer sous peine d'amende. Cette campagne nationale, initialement prévue pour trois jours, a débuté dans la capitale avant d'être étendue à l'ensemble du territoire, ciblant les écoles, les habitations, les bâtiments publics et les propriétés abandonnées.

Une épidémie en forte progression

Les autorités sanitaires dénombrent plus de 46 000 cas de dengue depuis le début de l'année, soit près du double du nombre enregistré sur la même période en 2025. Vingt-neuf décès ont été confirmés. Les hôpitaux accueillent désormais plus de 500 nouveaux patients chaque jour, ce qui met à rude épreuve un système de santé déjà fragilisé. Le Dr Kapila Kannangara, responsable de l'Unité nationale de lutte contre la dengue, a mis en garde : « Si le nombre de cas continue d'augmenter, nous aurons un problème de lits d'hôpitaux. » L'Institut national des maladies infectieuses, principal centre de traitement des épidémies, a déjà saturé ses capacités et certains établissements ont dû ouvrir des services supplémentaires pour faire face à l'afflux de malades.

Les conséquences du cyclone de fin 2025

Cette flambée épidémique est en partie attribuée au cyclone dévastateur qui a frappé le pays à la fin de l'année dernière, provoquant plus d'un millier de glissements de terrain et des inondations massives. « Après le cyclone, l'environnement était jonché de déchets et de gîtes larvaires, et les autorités locales ont mis beaucoup de temps à les nettoyer », explique le Dr Kannangara. Les opérations de reconstruction ont retardé l'élimination de ces foyers de reproduction, tandis que les fortes pluies depuis janvier et la mousson du sud-ouest (de mai à septembre) ont aggravé la situation. Le Sri Lanka, pays de 22 millions d'habitants, peine encore à se relever d'une grave crise économique et subit des pénuries d'énergie liées au conflit en Iran, qui ont récemment conduit à l'instauration temporaire d'une semaine de travail de quatre jours.

Des stratégies à long terme

Au-delà des mesures d'urgence, les autorités sanitaires poursuivent des projets de lutte à plus long terme. L'Unité nationale de lutte contre la dengue prévoit d'élargir un programme de stérilisation des insectes, expérimenté en 2021. Elle souhaite également lâcher des moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia dans la région de Colombo. Cette bactérie, qui bloque la transmission du virus de la dengue et se transmet aux générations suivantes, a déjà fait ses preuves ailleurs. À Yogyakarta, en Indonésie, où ces moustiques ont été introduits en 2017, l'incidence de la dengue a chuté de plus de 75 %, selon le Programme mondial de lutte contre les moustiques. Dans le nord du Queensland, en Australie, cette méthode est utilisée depuis 2011 et la région est désormais quasiment exempte de dengue. Sri Lanka avait déjà testé cette technique dans deux secteurs de Colombo entre 2018 et 2021, et les autorités travaillent à la création d'une usine pour élever ces moustiques en quantité suffisante.

Le pays cherche à éviter une répétition de la catastrophe de 2017, qui avait vu 186 000 infections et 450 décès. Le porte-parole de l'armée de l'air, le commandant d'escadre Nalin Wewakumbara, a confirmé que les drones survolent les immeubles de grande hauteur pour repérer les eaux stagnantes et que les propriétaires fautifs s'exposent à des amendes. L'efficacité de cette campagne de trois jours dépendra de la capacité des autorités à maintenir la pression sur les gîtes larvaires dans les semaines à venir.