Détail du sel
Pour la première fois depuis 31 ans, Paris accueille un tournoi de sumo de haut niveau. Les 62 meilleurs rikishis de la planète, dont les yokozunas Hoshoryu Tomokatsu et Onosato Daiki, fouleront le dohyo de l'Accor Arena les 13 et 14 juin. L'organisation de cet événement, pilotée par David Rotschild, s'est heurtée à un défi logistique inédit, où chaque élément, du grain de sel au siège d'avion, a dû être pensé avec minutie.
Le sel occupe une place centrale dans les rites du sumo. Avant chaque combat, les lutteurs en projettent une poignée sur l'arène circulaire de 4,55 mètres de diamètre. « C'est un élément indispensable. Le tournoi ne peut pas avoir lieu s'il n'y a pas de sel », explique David Rotschild. Pour répondre à cette exigence, 200 kilos de sel de Guérande ont été acheminés depuis Le Croisic, en Loire-Atlantique. Une commande peu banale, reçue avec humour par Mérédith, l'une des artisanes du sel : « C'est vrai que c'est une demande qui n'est pas très habituelle. Mais je me suis dit : why not ? », confie-t-elle. Le cahier des charges était précis : une blancheur relativement blanche et une granulométrie très fine pour ne pas blesser la peau des pieds des lutteurs.
Logistique aérienne et alimentaire
Le transport des athlètes a lui aussi été organisé avec un soin extrême. Les 150 voyageurs japonais, dont les 62 rikishis, ont pris place à bord de deux avions distincts. « Comme pour le président et le Premier ministre, les rikishis doivent être séparés pour qu'en cas de problème, il en reste », précise David Rotschild. Chaque yokozuna a été placé dans un appareil différent, avec la moitié des lutteurs. À bord, les sièges ont été attribués selon le rang : certains en première classe, d'autres en classe affaires ou en économique. Pour ces derniers, deux sièges leur ont été systématiquement réservés, un seul étant jugé insuffisant.
Sur place, les sanitaires ont dû être renforcés. Les toilettes suspendues, courantes en France, ne sont pas conçues pour supporter des hommes pesant en moyenne 150 kilos. « Il a fallu créer des cales en dessous », indique l'organisateur. La restauration a également été adaptée : les quantités prévues représentent une fois et demie à deux fois les portions habituelles. Le menu est nippon, avec un petit-déjeuner occidental enrichi de riz. Pour répondre aux fringales nocturnes, des ramens instantanés et des boîtes isothermes ont été préparés. Trois onigiris par athlète sont également prévus chaque soir.
Un dohyo venu des Ardennes
L'arène elle-même a fait l'objet d'une attention particulière. La plateforme en bois du dohyo a été acheminée par cargo depuis le Japon. Pour la terre argileuse qui la recouvre, un ingénieur spécialiste a été mandaté afin de trouver un sol aux propriétés similaires à celui utilisé dans l'archipel. Après analyse de plusieurs échantillons, c'est une terre des Ardennes qui a été retenue par la Japan Sumo Association, lors d'une visite à Paris en février.
« À part l'écran géant de Bercy et ce qu'on doit fournir sur place, tout vient du Japon », résume David Rotschild. Le promoteur, pourtant habitué à organiser des événements de MMA ou de K-pop, reconnaît n'avoir jamais été confronté à une telle somme de détails. Ce tournoi, inédit en France depuis 31 ans, marque le retour d'une discipline ancestrale dans l'Hexagone, avec une logistique à la mesure des traditions du sumo.