Les 13 et 14 juin, l’Accor Arena de Bercy accueille un événement inédit depuis trente et un ans : un tournoi de sumo réunissant les plus grands lutteurs japonais, les sekitori. Organisé sous forme d’exhibition (jungyô) sans enjeu sportif, ce rendez-vous dépasse le simple spectacle. Il constitue un test grandeur nature pour la fédération japonaise de sumo (Japan Sumo Association, JSA), qui cherche à élargir son audience au-delà de l’archipel.

Un sport en quête de renouveau

Si le sumo demeure une discipline majeure au Japon, il subit plusieurs maux : vieillissement du public, difficulté à attirer de jeunes recrues dans l’univers spartiate des écuries, et scandales récents de corruption et de matchs truqués qui écornent son image. Le tournoi parisien vise à susciter un « choc d’attractivité » mondial, selon les organisateurs. La JSA, longtemps réticente à exporter ses champions hors du Japon, a finalement accepté de confier les clés de son développement international à un producteur d’événements chevronné, David Rothschild, associé au géant AEG. Ce dernier, qui avait assisté enfant au dernier tournoi parisien en 1995, a multiplié les démarches auprès de la fédération pendant des années. « Nous n’avons pas refusé de voyager ; simplement, nous n’avions pas de demandes », a expliqué l’oyakata (maître d’écurie) Chûritsu, représentant de la JSA.

Logistique et stratégie commerciale

L’organisation a nécessité une logistique hors normes : une soixantaine de lutteurs ont été transportés dans deux avions dont l’intérieur a été modifié pour répartir leur poids. Les hôtesses ont reçu une formation spécifique pour accueillir cette clientèle particulière. Côté programmation, un village japonais est déployé aux abords du stade, et les combats sont diffusés en direct et intégralement par France Télévisions. La billetterie a été segmentée : les places premium, très onéreuses, ont été largement souscrites par des dirigeants d’entreprises, dont des capitaines d’industrie français ayant des intérêts au Japon. Cette stratégie vise à asseoir la notoriété mondiale du sumo tout en générant des revenus. L’enjeu, à terme, est d’organiser un tournoi chaque année dans une grande ville étrangère différente.

Un public partagé entre fascination et barrières culturelles

Le sumo fascine par son mélange d’esthétique (yukata, coiffure, gastronomie), de spiritualité et de force. Mais certaines traditions limitent son expansion : l’interdiction faite aux femmes de pénétrer dans l’aire de combat, le culte de la hiérarchie et du secret, ainsi que l’absence de compétition féminine – ce qui lui ferme la porte des Jeux olympiques. Thibaud Ricci, président du Paris Sumo Club et lutteur amateur, bénévole pour l’accueil des sumotoris à Paris, témoigne : « J’ai découvert les sumos vers 10 ans, dans les années 2010. J’étais fasciné par l’esthétique des cérémonies, des chants, et la virtuosité technique des lutteurs. Le sumo a le potentiel pour être universel : les règles sont simples, accessibles… Il peut se pratiquer par tous. Le paradoxe est que sa renommée de sport “d’hommes en surpoids” est aussi ce qui limite son attrait. »

Perspectives d’avenir

La tenue de ce tournoi à Paris, ville-carrefour touristique et lieu de passage de nombreux visiteurs japonais, a été choisie comme « kilomètre zéro » pour la conquête de nouveaux marchés. La JSA espère que l’engouement des touristes étrangers pour le Japon – jamais autant de Français n’ont visité l’archipel – bénéficiera à la discipline. Toutefois, le défi reste de taille : concilier l’ouverture au monde avec la préservation des traditions qui font l’identité du sumo. Ce week-end à Bercy est donc observé de près par les instances dirigeantes, mais aussi par les amateurs et les curieux du monde entier.