Pour la première fois en plus de trois décennies, l’élite du sumo — sport national et sacré du Japon — fait son retour en France. Une délégation de quelque 150 personnes, transportée à bord de deux avions entièrement affrétés, a pris ses quartiers dans la capitale à l’occasion d’un week-end de démonstrations et de compétitions. L'événement, qualifié d'« incontournable » par les organisateurs, se déroule à l’Accor Arena de Paris-Bercy.

Un défi logistique à la hauteur du prestige du sport

L'arrivée des lutteurs, parmi les plus célèbres du Japon, a nécessité une préparation minutieuse. Outre les vols spéciaux, plusieurs tonnes de matériel ont été acheminées, dont 200 kilos de sel de Guérande, indispensable aux rituels de purification qui précèdent chaque combat. Cette organisation hors norme reflète la volonté de la fédération japonaise de présenter une vitrine authentique du sumo, loin des simples exhibitions.

Les spectateurs présents dans la salle parisienne pourront assister à des affrontements régis par les codes les plus stricts : le ring en terre battue (dohyō), les tabliers de cérémonie (keshō-mawashi) et les gestes rituels hérités de la tradition shintoïste. Les combats devraient opposer plusieurs champions de la première division (makuuchi), dont la renommée dépasse largement les frontières de l’archipel.

Un pari pour l’expansion mondiale du sumo

Ce déplacement exceptionnel n’est pas un simple événement ponctuel. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de la part des instances dirigeantes du sumo, désireuses de faire connaître leur discipline au-delà du Japon et de ses communautés expatriées. L’Europe, et en particulier la France, est perçue comme un terreau fertile pour y implanter une pratique encore confidentielle en Occident.

Les derniers grands rendez-vous parisiens remontaient aux années 1990, lorsque des tournois avaient eu lieu dans la même enceinte. Depuis, le sumo n’était revenu en France qu’à travers des initiations ou des compétitions amateurs de moindre envergure. Le retour des meilleurs lutteurs professionnels, organisé ce week-end, marque donc un tournant dans la diplomatie sportive nippone.

Un accueil enthousiaste du public français

Les organisateurs ont souligné l’engouement suscité par l’annonce de l’événement : les places se sont arrachées en quelques jours, attirant à la fois des passionnés de culture japonaise, des sportifs curieux et des membres de la diaspora nippone installée en Europe. La billetterie a largement dépassé les prévisions, confirmant l’intérêt pour un sport souvent réduit à ses seuls clichés de puissance et de rituels.

Des stands de nourriture traditionnelle et des ateliers de découverte ont été installés aux abords de l’arène, transformant le site en un véritable village du sumo. Les spectateurs peuvent ainsi goûter au chanko nabe, le plat emblématique des lutteurs, avant d’assister aux combats.

Un symbole de l’ouverture nippone

Pour le Japon, l’organisation d’un tel événement à Paris constitue un signal fort. Alors que le sumo tente de se faire une place aux Jeux olympiques — sans succès pour le moment —, les regards sont tournés vers la capacité de ce sport millénaire à séduire de nouveaux publics sans trahir ses racines. La rencontre de Paris pourrait servir de modèle pour de futures éditions en Europe, voire aux États-Unis ou au Moyen-Orient.

Les premiers combats ont débuté samedi après-midi devant une salle comble. Les résultats des finales, attendus dimanche en fin de journée, pourraient déterminer si ce rendez-vous parisien deviendra une halte régulière dans le calendrier du sumo professionnel.